L’histoire oubliée du Machault.
8 juillet 1760 : Le  capitaine Bordelais Giraudais contemple les restes fumants du Machault, une frégate de 500 tonnaux qu’il vient de faire saborder. Les berges de l’embouchure de la rivière Ristigouche dans la Baie des Chaleurs sont jonchées de cadavres, de balles, boutons, fûts de chêne, vaisselle, et de centaines de paires de bottes et de chaussures. Il ignore alors que la bataille qu’il vient de perdre sera décisive pour l’avenir de la Nouvelle France.
A l’automne 1759, la Nouvelle France a besoin de l’aide de la métropole. Les troupes de Montréal manquent de vivre et le moral des Français est au plus bas depuis la chute de Québec face à l’armée anglaise. A plusieurs reprises, le gouverneur Vaudreuil demande de l’aide mais celle ci tarde à venir. Enfin, les autorités françaises se décident mais c’est une flotte légère en hommes et en provisions qui part de Bordeaux le 10 avril 1760. Elle est composée de six navires guidés par le Machault et ses 150 hommes d’équipage commandés par le Capitaine Giraudais. Les autres navires sont commandés par Jean Gramon, Antoine Lartigue, Louis Kanon, Clémenceau et François Desmortier. Dès le lendemain, le convoi est pris en chasse par des navires anglais. Deux bateaux sont pris, un troisième coule au large des Açores. Ce qui reste de la flotte arrive dans l’embouchure du Saint Laurent le 16 mai. Giraudais capture un navire ennemi et ayant appris que les Anglais les ont précédés sur le fleuve, les Français décident face à la pénurie de nourriture de se réfugier dans la rivière Ristigouche. C’est là qu’ils devront affonter un escadron anglais de cinq navires de guerre dont l’objectif est de les détruire. La bataille débute le 22 juin. Les forces en présence sont très inégales. Les Français reçoivent l’aide d’une flotille de schooners acadiens et de barques conduites par des Indiens Mic Macs engagés avec eux dans la lutte contre les Anglais. Malgré cela, la supériorité anglaise ne leur laisse guère de chance et Giraudais choisit après 18 jours de bataille de saborder les trois navires.http://www.pc.gc.ca/fra/lhn-nhs/qc/ristigouche/index.aspx
Durant plus de deux siècles,  les restes calcinés des navires bordelais et ce qu’ils contiennent -vivres et munitions- dormiront dans la vase jusqu’à ce que le gouvernement canadien décide de faire du site de la bataille de la Ristigouche un musée commémoratif. On peut y voir les restes du Machault, une partie de la cargaison et une intéressante reconstitution de l’aventure des Bordelais qui participèrent au dernier engagement entre la France et l’Angleterre pour la possession du Canada.
Ile du CapBreton : un passé aquitain

Entrée de la baie Gabarus

Située à l’extrémité orientale du golfe du Saint-Laurent en Nouvelle-Ecosse, l’île du Cap Breton est reliée à la terre par une route de 2 km qui franchit le détroit de Canso  et séparée d’à peine 100 km de Terre-Neuve par le détroit de Cabot  http://www.thecanadianencyclopedia.com/articles/fr/ile-du-capbreton. Officiellement découverte et identifiée par le navigateur Jean Cabot en 1497, puis par Jacques Cartier en 1534, l’île aurait été abordée selon la légende dès le VIème siècle de notre ère par des moines venus d’Irlande commandés par saint Brendan. Elle doit vraisemblablement son nom aux chasseurs de baleines venus du Pays Basque et des bords de l’Adour à partir du XVIème siècle qui reconnaissaient ainsi l’importance du port  de Capbreton.Celui-ci, célèbre pour la culture de la vigne qui permettait de fixer les dunes mouvantes en produisant un bon  » vin de sable » entretenait alors des relations houleuses avec Bayonne, les deux ports étant en compétition pour s’assurer la suprématie de l’utilisation de l’Adour à des fins commerciales. En 1713, le Traité d’Utrecht donne l’Acadie aux Anglais mais conserve l’île du Cap Breton à la France qui la rebaptise Ile Royale avant que le Traité de Paris de 1763, en signant la fin de la présence française au Canada, n’ annexe l’île à la colonie de Nouvelle-Ecosse. C’est dans cet intervalle d’un demi siècle, lorsque la France construit la forteresse de Louisbourg http://www.pc.gc.ca/fra/lhn-nhs/ns/louisbourg/index.aspx qui deviendra la plus imposante d’Amérique du nord à cette époque, qu’un marin de Capbreton, moité corsaire, moitié marchand va marquer ce territoire.Il a vraisemblablement des origines espagnoles, se nomme Barthelemy Cabarrus et donne son nom à une baie, un lac et un petit port de pêche au sud de la forteresse royale, ce qui vaudra à ses descendants d’être annoblis l’année même où éclate la Révolution. Avec le temps, les habitants de cette partie de l’île ont tranformé la toponymie Cabarrus et Gabarus. Ce territoire privé de la présence française est devenu d’abord un lieu accordé aux Loyalistes chassés par la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis avant d’être occupé par des vagues successives d’Ecossais. C’est dire si la culture de ce coin du monde est riche. Et si l’on entend encore parfois parler français, c’est par la voix des communautés acadiennes revenues s’installer sur les terres que leurs ancêtres cultivaient ici depuis le tout début du XVIIème siècle.
Quand les Basques chassaient la baleine dans le Saint-Laurent
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L'Île aux Basques dans l'estuaire du fleuve Saint-Laurent

 

A 250 km à l’est de Québec, l’ïle aux Basques ,  décrétée réserve naturelle par le gouvernement du Québec et Lieu historique national par le Canada est riche de son patrimoine faunique et de son histoire.  Fréquentée par des communautés amérindiennes qui venaient y pratiquer la pêche, la chasse au phoque et la ceuillette bien avant notre ère, l’île est devenue au XVIème siècle une terre d’accueil et d’échanges entre Amérindiens et Européens. Bien avant l’installation de Champlain à Québec, elle est occupée de manière saisonnière par des Basques venus traquer la baleine jusque dans l’estuaire du Saint-Laurent.http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-171/Île_aux_Basques.html La chasse se pratiquait à l’aide des biscayennes transportées sur le pont des navires baleiniers et qui servaient à remorquer les baleines le plus près possible du rivage de manière à les échouer à marée basse. Il revenait ensuite aux chasseurs à dépecer et faire fondre dans de grands fours, la graisse qui constituait un élément de choix pour les Européens qui la revendaient au prix fort en France.
Trois de ces fours ont été retrouvés et restaurés  grâce à la Société Provancher d’histoire naturelle du Canada http://www.provancher.qc.ca/qui fera classer le site de l’île aux Basques par la commission des monuments historiques du Québec peu avant la seconde guerre mondiale.  Si les fouilles menées à l’Île aux Basques ont permis de démontrer que la chasse a favorisé dans la deuxième moitié du XVIème siècle la rencontre entre Basques et Amérindiens qui se sont livrés à des échanges, elles démontrent si cela était encore necessaire, que ce sont bien les gens de mer qui sont à l’origine de l’aventure française au Canada
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Pêche à la morue : un des moteurs de la colonisation française au Canada
Bien avant l’arrivée de Cartier, les pêcheurs basques et bretons fréquentaient les eaux poissonneuses de l’Atlantique nord, de Terre-Neuve jusqu’au golfe du Saint-Laurent. Le centre historique du Banc de pêche de Paspébiac  se situe en lieu et place des Etablissements Robin qui ont régné sur les destinées des pêcheurs de la côte atlantique Est, de la Nouvelle Ecosse à la Gaspésie.  Pour en savoir plus : Paspebiac, centre de l’activité industrielle de la morue en Gaspésie (doc pdf)

Paspébiac à l'heure culturelle

 

 

 

 

 

Si l’on chantait

Parmi les arts, la chanson est un véhicule culturel. Brian Thompson, http://www.faculty.umb.edu/brian_thompson/home.htm professeur émérite et directeur  du centre national de la chanson à l’Université du Massachussetts connu pour ses travaux sur Malraux et Mauriac a appris le français de cette manière.

Dans un article  il  fait, pour ses étudiants, le lien entre la chanson française et la chanson québécoise. A lire aussi en français.

 

la Course à la Morue

 
 
 

Le petit port de Conche

Les Portugais, les Basques, les Espagnols, les Hollandais et les Anglais ont jeté leurs filets dans les eaux de Terre-Neuve et le Golfe du Saint-Laurent

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Ce sont les Français qui ont persévéré le plus longtemps. L’histoire de la pêche française a duré ici quatre siècles. Perdant leurs droits de pêche en 1904, ils n’en sont pas moins venus à Terre-Neuve jusqu’en 1972. L’appellation French Shore désigne les eaux et le littoral autour de Terre-Neuve que les Français revendiquaient comme leur lieu de pêche. Les limites de cette region changeaient au gré des traités négociés entre la France et l’Angleterre. C’est ainsi que l’on lit sur les cartes de Terre-Neuve des noms  à consonance française : Conche, Croque, Belles Isles, les Eguillettes, Cap Saint-Antoine,  Cap d’Argent. Si les ports de pêche bretons ont donné la plus grande partie des Terre-Neuvas, l’Aquitaine n’a pas été en reste avec ses bateaux qui appareillaient en avril et revenaient en octobre. Il n’est pas rare dans chaque petit port de tomber par le plus grand des hasards sur une stèle qui porte un nom français.

Tapisserie de Conche

La Société historique du French Shore mène un travail minutieux pour préserver l’histoire de ce territoire sur lequel les Français contrôlaient la pêche à la morue au 18ème siècle. On peut y admirer une tapisserie de 72 m de longueur qui rappelle au visiteur l’histoire de cette partie du Canada dont les premiers habitants d’origine européenne furent les Vikings au xième siècle.