« Mon vignoble à l’abri du vent, se réchauffe au soleil levant » (Charles Pandosy, OMI 1825-1891)

Au départ de Vancouver, nous prenons la direction de l’est à la découverte de deux belles vallées, celle de Fraser qui connut une brève ruée vers l’or et reste un haut lieu de rafting, et plus loin, du Sud au Nord, celle de la rivière Okanagan, célèbre pour ses vergers et ses vignobles implantés à l’initiative d’un missionnaire français au 19e siècle. Passionnés de vins et de francophonie, nous optons pour la vallée de l’Okanagan, une région touristique surprenante avec des paysages grandioses de montagnes semi-désertiques qui contrastent avec le bleu émeraude de ses lacs et rives aux versants verdoyants.

Carte d’identité

Située à près de 300 km à l’est de Vancouver, cette région est bordée au Sud par l’état américain de Washington, elle suit le tracé de la vallée de la rivière Okanagan sur plus de 250 km de long du Sud au Nord et s’étire le long de ses 4 lacs (Okanagan, Skaha, Vaseux et Osoyoos) dont le plus important lui a donné son nom. Avec ses 2 000 heures d’ensoleillement par an, elle bat le record de la région la plus chaude et la plus désertique du Canada.

Actuellement, la région compte 300 000 habitants et poursuit son développement économique et démographique : la ville principale est Kelowna suivie par Penticton qui veut dire « là où on veut rester pour toujours » et Osoyoos, l’endroit le plus chaud, une région qui compte de nombreux retraités canadiens.

Elle est la 2e région agricole de la Colombie Britannique et fournit l’essentiel des fruits (pommes, fraises, cerises, abricots…) au pays. Mais c’est la viticulture qui a considérablement contribué à son développement actuel.

Vignoble à Kelowna (Office du Tourisme)

Les premières vignes sont plantées dans la moitié du XIXe siècle par le père Charles Pandosy pour produire du vin de messe et approvisionner la mission. Il faut attendre la fin de la prohibition dans les années 1930 pour que des vignes soient plantées à des fins commerciales. Pendant les trente années suivantes, de nombreux plants de vignes furent importés d’Europe (principalement de France et d’Allemagne). En 1988, à la suite de l’accord de libre échange avec les Etats-Unis, le gouvernement canadien subventionna les producteurs de la région pour qu’ils s’orientent vers une production de qualité ainsi fut créé la VQA (Vintners Quality Alliance) qui garantit un standard de qualité des vins aux consommateurs ; couronné par de nombreux prix et une reconnaissance internationale. Aujourd’hui, la vallée compte 200 vignobles et une large variété de vins blancs -chardonnay, gewurtztraminer, pinot gris, sauvignon… et en rouges : pinot noir, merlot, syrah. Comme tous les grands vignobles du monde, la région a développé une grande offre oenotouristique : hébergement, circuits de visite et dégustation, cavistes … ainsi qu’une fête des vins.

Mission Hill

A l’origine, un missionnaire visionnaire

Originaire de Marseille, Charles Pandosy, missionnaire et oblat de Marie Immaculée sera affecté aux missions du territoire de l’Oregon. Parti du Havre en 1847, à l’âge de 22 ans, en compagnie d’un petit groupe d’oblats, ils débarquent à New York où leur périple se poursuit par voie terrestre jusqu’au fort Walla Walla (état de Washington) auprès des Indiens Yakimas. Charles Pandosy est polyvalent et reste proche des autochtones malgré les tensions avec les colons, il réalisera une grammaire dictionnaire dans la langue des Yakimas. En 1858, suite au conflit entre l’armée américaine et les Amérindiens, les autorités religieuses vont muter Pandosy dans leur nouvel établissement d’Esquimalt, dans l’île de Vancouver pour fonder une mission dans le sud de la Colombie Britannique. Au cours de l’été 1859, il se rend dans la vallée de l’Okanagan pour y établir la première colonie permanente de Blancs : la Mission de l’Immaculée Conception plus couramment appelée « Mission du Père Pandosy », elle comprenait une maison et une chapelle à ses débuts.

Tout au long de sa carrière, le père Pandosy fut régulièrement muté dans les missions de la congrégation (Fort Rupert= Port Hardy, Mission Ste Marie en aval du Fraser, Lac Stuart, Okanagan …) avant de revenir définitivement dans l’Okanagan en 1887. C’est au cours de cette période qu’il fit planter les premiers arbres fruitiers et les vignes dans la vallée. Pandosy encouragea les colons à occuper les terres de cette zone fertile et initia les Indiens à l’agriculture. De nombreux témoignages écrits font foi de ses qualités (musicien, botaniste et agriculteur, professeur, négociateur …) et de sa popularité auprès des Indiens et des paroissiens. Il meurt en 1891 à Penticton.

Site de la Mission du Père Pandosy (Ville de Kelowna)

Depuis sa mort, Charles Pandosy est entré dans l’histoire de la vallée de l’Okanagan : des films, des pièces de théâtre, une rue à son nom, un circuit avec quelques lieux de mémoire… entretiennent l’histoire locale ainsi que les bâtiments en briques des premiers pionniers qui l’ont accompagné dans cette aventure comme Eli et Marie-Louise Lequine et bien d’autres qui se sont établis sur l’avenue Bernard, artère principale et commerçante de Kelowna (1).

Aujourd’hui, dans l’espoir de découvrir l’Ouest canadien et de se faire un peu d’argent, les Canadiens francophones jouent un rôle important dans l’industrie agricole de la région depuis les années 1980 avec le développement du vignoble, des pépinières et des vergers. Cette migration estivale devenue rituelle de l’Est vers l’Ouest, se poursuit encore de nos jours.



Anne Marbot

  1. Kelowna : le nom de la ville est tiré d’une légende rapportant qu’un groupe d’Indiens se serait écrié « Kim-ach-touch » en apercevant Auguste Guillard, un colon français, sorti à 4 pattes de son habitation sous terre. Ils le comparaient à un ours noir compte tenu de sa longue chevelure et barbe, un surnom qui resta pour désigner à la fois Guillard et la région. Toutefois, les habitants décidèrent d’adapter un nom plus facile à prononcer, « Ke-low-na » qui veut dire « ours grizzly ».

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