Photo AGA Museum

Le nom de Magondeaux a marqué l’histoire de l’automobile, grâce à son système d’éclairage à acétylène révolutionnaire.  De chauffeur de taxi à New York , Roger Puiffe de Mangondeaux est devenu l’un des grands industriels français du début 20e, tout en restant fidèle à ses racines périgourdines et attaché à un certain art de vivre à l’aune de sa fortune et de son génie.

La réussite d’un « self made man » entreprenant et ingénieux à New York

Né en 1883, à Genis en Dordogne, Roger Puiffe de Magondeaux émigre comme bon nombre de pionniers à l’époque, aux Etats-Unis en 1904, pour tenter sa chance avec pour tout bagage, une caisse de pommes et de charcuterie.  Il débute comme chauffeur de taxi.  Doué pour les affaires, il crée ensuite sa propre société de taxis, ainsi qu’une société d’import-export d’automobiles qui se révèle très vite prospère.  Fortune faite, il revient en France en 1912, avec quelques  idées et brevets pour améliorer le système d’éclairage à acétylène de l’époque pour les automobiles.

L’éclairage à acétylène : une découverte, des brevets et une importante publicité.

En 1912, l’acétylène s’impose comme l’éclairage d’avenir pour les automobiles.  A l’époque, le système utilisé était instable et dangereux, voire explosif.  Magondeaux eut l’idée de réaliser la même opération chimique mais d’en supprimer les inconvénients  grâce à une invention dont le brevet lui a été cédé lors de son séjour aux Etats-Unis. Il met au point une bouteille  en acier contenant de l’acétylène sous pression. Pour stabiliser le gaz, la bouteille est remplie de kapok imprégné d’acétone (composé qui dissout l’acétylène et le neutralise) et charger de gaz.  Fixée sur le marchepied des voitures,  cette bouteille est également facile à remplacer par les chauffeurs.  Autre invention complémentaire : un détenteur permet de régler le débit de sortie du gaz vers le phare.  Ainsi avec le développement de l’automobile, l’éclairage Magondeaux va connaître son essor pendant la 1èreguerre mondiale. 

En 1922, la société Magondeaux  compte 4 unités de production en France, ses 50 succursales et 2 000 garages assurent la distribution des bouteilles sur tout le réseau français et les pays limitrophes.  Des modèles plus petits sont adaptés pour les cycles.  Une importante campagne publicitaire d’avant-garde vient soutenir les ventes, le succès est immédiat.   Fort de ses brevets déposés aux Etats-Unis et en Europe, Magondeaux perçoit 10% sur chaque bouteille. Sa fortune devient  très vite colossale.

Dans les années 30, l’éclairage à acétylène va connaître son déclin avec l’arrivée de l’électricité.  Pourtant, dès 1925,  Magondeaux anticipe cette évolution et rachète le brevet de phares à double filament ainsi qu’une usine de phares électriques.  Malheureusement,  la crise économique de 1929, va entraîner le déclin progressif des établissements Magondeaux malgré leur reconversion dans la production de filtres et de masques à gaz. Ils ne retrouveront jamais leur prospérité d’avant guerre et disparaitront en 1948.  Leur fondateur : Roger de Magondeaux décède en 1964 et repose dans son village natal de Génis en Dordogne.

La Reymondie : une propriété dans le style colonial américain et le Tout Paris en Périgord.

Sa fortune faite, Roger de Magondeaux rêve de revenir dans son Périgord natal où il acquiert une propriété à Saint-Martial d’Albarède près d’Excideuil qu’il fait aménager dans un style colonial américain par le décorateur Orlac, elle comprend 22 pièces et autant de domestiques. Que ce soit dans l’architecture, la décoration intérieure ou les aménagements extérieurs, il fait preuve d’inventivité et de modernisme.  Par exemple,  son parc est éclairé avec un système de sonorisation extérieure qui  lui permet d’écouter les enregistrements de Caruso, son idole.   Il fait installer un aquarium de poissons exotiques, une table de dix mètres de long spécialement conçue pour recevoir ses invités, un salon chinois et des tables à opium… une maison avec tout le confort moderne construite sur une tour relais du XIe, située en bordure d’un ravin de plus de 10 mètres.

Sa propriété de 200 Ha située sur les bords de la Loue devient son terrain d’expérimentation : inlassable chercheur et fin gourmet, il met en place une centrale électrique qui alimente les chambres froides pour stocker les mets fins qu’il se fait expédier depuis Paris sur son terrain d’aviation privé.  Ses autos sont également à l’image de son train de vie : Hispano Suiza, Farman, Renault 40 CV…

Ses hôtes comptent parmi les personnalités les plus en vue de l’entre-deux-guerres : Mistinguet, Francois Mauriac, le couturier Paul Poiret ; l’orchestre de Ray Ventura… ainsi que les grands noms de l’automobile dont son ami André Citroën avec qui il fréquente les mêmes cercles de jeu.  Malheureusement, la crise de 1929 et la passion du jeu l’obligeront à vendre la propriété des bords de Loue.

Aujourd’hui, la propriété existe toujours mais ne se visite pas.   Elle existe encore dans les yeux d’enfant d’une de nos amies sympathisantes : Geneviève Fabre qui évoque à chacune de nos rencontres, son enfance passée à la Reymondie et ses courses dans un dédale de pièces, sa bibliothèque unique, et aussi le début de sa passion pour l’Amérique.  Une dynamique qui lui a permis de retrouver un passé colonial créole américain, dans la restauration de leur Château de Caumale à Escalans, que nous avons déjà évoqué dans un précédent article.

Anne Marbot


Bibliographie

  • L’automobile en Périgord, cent ans d’histoire.  Jean-Marie DEGLANE

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