A l’occasion de son 30 ème anniversaire, l’organisme Educ’alcool a reçu ce mois-ci la Médaille du Lieutenant-gouverneur du Québec pour mérite exceptionnel, la plus haute décoration de son programme de distinctions honorifiques en reconnaissance de ses actions en faveur de la société québécoise. Distinction qui vient récompenser trois décennies de travail à faire connaitre le bon « mode d’emploi » de la consommation d’alcool, non pour la proscrire de manière rigide et vertueuse mais pour en promouvoir une consommation modérée et responsable.

le Lieutenant-gouverneur du Québec J-Michel Doyon remet la Médaille à Hubert Sacy, directeur général d’Educ’alcool

Ce n’était pas une association de cinq inconditionnels de la camomille qui a imaginé il y a trois décennies de créer une structure destinée à mener des actions de prévention et d’éducation pour faire des Québécois de bons buveurs plutôt que de gros buveurs. Les chiffres étaient là. Au Québec comme dans le reste du Canada, la moitié des graves accidents de la route étaient alors dus aux excès de boissons fortes, principalement en fin de semaine et durant les périodes festives. Sachant que l’on peut déguster sans s’enivrer, il n’était question de jeter l’anathème, ni sur les producteurs, ni sur les consommateurs, mais plutôt de trouver les moyens de susciter des comportements modérés vis à vis des boissons alcoolisés. Ils savaient de quoi ils parlaient. L’un des pères fondateurs n’était il pas Ghislain K. Laflamme, avocat québécois, qui avait découvert la filière des vins et des spiritueux en devenant le PDG de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec au début des années 80, devenu expert en dégustation ?

Intronisation de Ghislain K. Laflamme par la Connétablie de Guyenne Côtes de Bourg en 2011.

Il s’agissait dés lors, et encore maintenant pour Educ’alcool d’éduquer le grand public et tout particulièrement les jeunes à la consommation d’alcool, valoriser la culture du goût au détriment de celle de l’ivresse, fournir des informations sur les effets physiologiques et psychologiques de l’alcool en oeuvrant en partenariat avec la filière des négociants, vignerons et viticulteurs québécois, les associations de producteurs de bière et de cidre, distillateurs, agents promotionnels et la Société des alcools du Québec qui y siègent au conseil d’administration. Un Conseil scientifique entièrement bénévole formé de chercheurs, psychologues et médecins récemment constitué éclaire de surcroit la structure de ses conseils et recommandations.

Communication utilisant le ressort humoristique

Comme rien ne peut se faire sans argent, Educ’alcool puise son financement dans les prélèvements faits par la SAQ sur les ventes des produits de ses membres institutionnels, ce qui leur permet de remplir leurs obligations légales en application de la règlementation sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques. Les membres qui ne commercialisent pas leurs produits via la SAQ versent leurs contributions directement à l’organisme (En 2020, son budget s’élève à 3,5 millions de dollars canadiens soit environ 2,3 millions d’euros). Ce n’est pas pour autant que le travail sérieux mené depuis 1990 se traduit par une manière de communiquer ennuyeuse ou moralisatrice. Au Québec, on donne dans l’humour ou la dérision plutôt que dans le catastrophisme, que ce soit en son ou en images.

« Boire un petit coup c’est agréable……mais il ne faut pas rouler dessous la table… »

Campagnes de prévention et d’information ont porté leurs fruits et bien que l’organisme ne s’arroge pas le bénéfice des progrès réalisés en la matière, il profite de ce trentième anniversaire pour souligner quelques statistiques : si au Canada, les Québécois sont en tête pour la consommation d’alcool, ils sont les derniers en revanche pour la consommation excessive et les jeunes retardent de plus en plus l’âge du début de consommation. C’est au Québec aussi que l’on compte le moins de personnes dépendantes (2,7%) et la proportion d’accidents mortels dûs à l’ébriété a diminué de 20 en 30 ans , passant de 50% à 30%. Les publications d’Educ’alcool sur l’alcool et la santé sont distribuées jusque dans les hôpitaux et le taux de crédibilité de l’organisme dont l’accroche publicitaire est :  » La modération a bien meilleur goût » s’élève à 97% auprès de la population. Considéré comme un intervenant majeur en terme de prévention, déjà félicité en 2010 par l’Assemblée nationale du Québec, Educ’alcool a donc reçu la Médaille pour mérite exceptionnel des mains de Monsieur J-Michel Doyon, lieutenant gouverneur du Québec*. Distinction remise à son directeur général Hubert Sacy qui l’a reçue avec joie au nom de l’organisme et a tenu à associer l’ensemble de ses partenaires, tout en remarquant au passage, qu’il ne s’agissait pas de s’endormir sur des lauriers fussent ils bien mérités, mais de continuer le travail accompli. Soulignant au passage les défis à relever tout particulièrement à une époque ou d’aucuns auraient tendance à s’ériger en conseillers ou spécialistes au nom de la liberté de dire et faire, et d’autres de verser dans des approches idéalistes et diabolisantes en matière de consommation d’alcool. Les mots du bon sens, et de la réflexion rimant naturellement avec modération.

*Le lieutenant -gouverneur est le représentant de la couronne Britannique dans chaque province canadienne.

Claude Ader-Martin

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