Ville de Saint-Pierre
La ville de Saint-Pierre avec, en face, l’Île aux Marins (auteur Ken Eckert, licence CC BY-SA 4.0)

Située à 25 km au sud des côtes de Terre-Neuve, Saint-Pierre et Miquelon est aujourd’hui une collectivité d’outremer française de 6000 habitants permanents, dont 90% à Saint-Pierre. Les premiers habitants de l’archipel étaient des pêcheurs bretons, normands et basques qui fondèrent la ville et le port de pêche de Saint-Pierre vers 1604. L’histoire locale fut ensuite particulièrement mouvementée, au cœur de l’interminable conflit colonial entre Anglais et Français au 18e siècle…

L’archipel de Saint-Pierre et Miquelon (auteur Wikialine, licence CC BY-SA 3.0)

De 1690 à 1814, l’archipel fut pris et repris neuf fois alternativement par les Anglais et les Français et, à quatre reprises, fut entièrement dévasté et tous les habitants déportés. En novembre 1815, le second traité de Paris le rétrocéda définitivement à la France. Bien que la recolonisation de l’archipel ne date que de 1816, la plupart de ses habitants actuels sont encore des descendants de Bretons, de Normands, de Basques, mais aussi d’Acadiens arrivés à partir de 1763. Les 115 premiers Acadiens, tous issus des familles Hébert, Vigneau, LeBlanc et Sire, sont arrivés dès l’été 1763 à Miquelon en provenance de nombreux villages des colonies anglo-américaines. S’il est admis que les Acadiens constituent la souche de la population la plus ancienne, ceux de Saint-Pierre ont une origine régionale encore plus ancienne. Mais doit-on vraiment parler d’Acadiens à leur sujet ? Revenons en 1763, quand la France venait de perdre toutes ses possessions en Amérique du Nord sauf… Saint-Pierre et Miquelon.

Peuplement de l’archipel

François-Gabriel d’Anjeac, gouverneur de la nouvelle colonie, fit venir d’anciens habitants de Louisbourg (Île Royale) exilés en 1758 en France, dont certains jouèrent un rôle décisif dans l’établissement des pêcheries sédentaires de Saint-Pierre. Mais dans un archipel aux ressources limitées, il dût aussi gérer les arrivées successives de nombreux réfugiés acadiens, anciens colons de la Nouvelle-Ecosse, qui formaient en 1767 plus des deux tiers de la population permanente de l’archipel, estimée à 1250 personnes. Tous ces anciens colons acadiens, peu impliqués dans la pêche, préféraient vivre à Miquelon, une île au sol pourtant pauvre. En 1767, le gouvernement, désireux de restreindre le peuplement de l’archipel aux activités en rapport avec la pêche, renvoya tous les Acadiens en France, mais fit volte-face de façon inattendue l’année suivante et autorisa leur retour à Miquelon…

La côte nord de Grande Miquelon
La côte nord de Grande Miquelon, avec au fond la presqu’île du Cap (auteur inconnu, licence CC BY-SA 3.0)

Parmi ceux qui avaient plaidé la cause de leurs compatriotes de Miquelon figuraient deux des principaux négociants de Saint-Pierre, Antoine Rodrigue et Jean-Baptiste Dupleix Sylvain. Le premier était né à Louisbourg, de père portugais et de mère acadienne installés dans la colonie de Plaisance (Terre-Neuve) jusqu’en 1714, au moment de sa cession aux Anglais. Le second était né en Nouvelle-Ecosse, de père canadien et de mère terre-neuvienne installés eux aussi à Plaisance jusqu’en 1714, puis à Louisbourg. Etaient-ils de « vrais » Acadiens, c’est-à-dire descendants de colons établis depuis au moins une ou deux générations en Acadie ? Certes non, mais il est probable qu’à l’époque, le gouvernement devait tout simplement les distinguer comme des anciens « habitants de l’île Royale ».

Jean-Marc Agator

Documentation

Jacques Leclerc ; L’aménagement linguistique dans le monde (Terre-Neuve, Saint-Pierre et Miquelon) ; Université Laval, Québec, 2019.

Jean-Yves Ribault ; La population des îles Saint-Pierre et Miquelon de 1763 à 1793 ; Revue française d’histoire d’outremer, tome 53, n°190-191, 1966.

Dictionnaire biographique du Canada (D’Anjeac, Rodrigue, Dupleix Sylvain…).

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