Doté de joyaux naturels comme le Mississippi et son immense delta,  les marécages dont le fascinant bassin de l’Atchafalaya qui abrite encore une faune et une flore sauvage, les bayous (1), les forêts insolites de cyprès chauves (2) et de palmettos  ou encore les jardins des plantations , la Louisiane reste un pays de découverte pour les passionnés de botanique et une plongée dans le temps pour retrouver la nature primitive des premiers colons partis à la conquête de ce vaste territoire.

Barataria Reserve à Madero

Pays d’eau et de terre sous un climat subtropical, la Louisiane apparaît toute l’année comme un immense jardin.  Peu importe la saison, son climat est propice à de multiples floraisons par espèce et cycle.   Il y a toujours une plante ou un arbrisseau qui fleurit quelque part.  

En décembre et janvier,  les magnolias grandiflora et  les nombreux camélias sont à leur apogée.  Viennent ensuite les rameaux d’azalées et de rhododendrons qui croulent sous leurs éblouissantes gerbes multicolores.  Le mois d’avril connaît son apothéose florale lorsque les bayous se parent  d’une multitude de plantes aquatiques : lys, jacinthes d’eau, lotus, nénuphars … La nature nous réveille tous les sens : un kaléidoscope de couleurs, un concentré de parfum enivrant, le tout accompagné d’une cacophonie pastorale d’ oisillons de l’année.  C’est la période idéale pour découvrir l’incroyable diversité végétale de ce paradis et son écosystème.  Ce n’est pas un hasard si les emblèmes de la Louisiane sont le pélican, le magnolia et le cipre.

Des dizaines de sites sont accessibles à la visite mais nous vous proposons d’en découvrir une sélection selon plusieurs thèmes : arbres remarquables : chênes verts géants et cyprès chauves,  azalées et magnolias ,  fleurs sauvages des marais.

Notre balade démarre à la Nouvelle-Orléans, dans les quartiers français et Marigny avec leurs nombreux balcons qui rivalisent de cascades de fleurs. Tous les quartiers de la ville sont à l’heure du printemps : patios, jardins, impasses… et dégagent un parfum suave et subtile dominé par le jasmin confédéré dit étoilé et le frangipanier.

Un pays avec des arbres remarquables aux records de longévité

Le long du bayou Saint-Jean en direction de Baton Rouge et du lac Pontchartrain, vous trouverez City Park. Fondé en 1853,  il est l’un des plus anciens parcs publics des Etats-Unis et un des plus visités.  A l’époque de la Louisiane française, c’était un marécage que les colons français assêchèrent au XVIIIe afin de le rendre habitable.  Il fut la plantation de Santiago Loreins puis de son gendre Jean-Louis Allard. Aujourd’hui, il couvre 600 hectares et détient la plus grande plantation de Quercus virginiana (chênes à feuilles persistantes) dont certains sont âgés de plus de 600 ans. Il abrite également le Musée d’art ou NOMA, avec sa riche collection d’art américain et paysages louisianais, ses nombreuses sculptures contemporaines dispersées dans son jardin botanique.

Seven Sisters Oak

De l’autre côté du Lac Pontchartrain, vous pourrez découvrir à Mandeville, autrefois site de villégiature estivale pour les riches créoles à la recherche de fraîcheur, les Seven Sisters Oak (Fontain street), un chêne  remarquable avec des bras tentaculaires et un impressionnant couvert végétal, le tronc fait plus de 12 mètres de large, son âge se situe entre 600 à 1000 ans, un record ! 

A proximité de la Nouvelle-Orléans, sur les traces des pirates Lafitte dans les marais, en direction du golfe du Mexique, vous trouverez le Barataria Reserve à Madero (parc national historique Jean Lafitte).  Plusieurs sentiers vous emmènent en toute sécurité dans les marécages,  les bois de feuillus et de palmettos à la découverte des alligators, des serpents et de nombreux oiseaux colorés… ainsi que des iris bleus géants ou  encore araignées pour ne citer que quelques spécimens.


Eveil de la faune et  la flore sauvage des marais

Aigrette blanche

En direction de Bâton rouge, entre le fleuve et le lac Pontchartrain, vous traversez le bassin Bonnet Carrée en direction du lac Maurepas, vous êtes sur une bande de terre où se trouve un village de pêcheurs, le  Manchac Swamp et le Joyce wildlife refuge : un environnement propice à la croissance des plantes aquatiques, qui accueille plus de 100 espèces d’oiseaux et des mammifères tels que les opossums, les rats musqués, ou la loutre, et plus de 15 espèces de serpents et tortues. Souvent surnommé « marécage des esprits » selon la tradition Voodoo,  les automobilistes le traversent sans s’arrêter sur un pont de plus de 36 km de long construit sur pilotis, une belle prouesse technique! Cette traversée nous offre de magnifiques levers et couchers du soleil avec ses eaux bleu électriques dans lesquelles se mirent les vieux cyprès chauves et leur fantomatique mousse espagnole.  Un arrêt à Manchac permet de faire une rapide découverte du site en pirogue avant de faire le plein d’écrevisses et de crabes bleus. 

Bassin de l’Atchafalaya (photo Office Tourisme Louisiane)

Maintenant, en route pour Lafayette avec la traversée de l’Atchafalaya (2) grâce à l’autoroute (I-10) sur pilotis qui l’enjambe et nous permet d’entrevoir l’immensité de ce bassin. Au lieu dit « Henderson Swamp », un arrêt s’impose au débarcadère McGee’s Landing, un endroit clé pour découvrir la cuisine locale et  la nature très tôt le matin en semaine, en canoe.   L’Atchafalaya est l’un des plus vastes marécages au monde, situé à l’ouest du delta du Mississippi : il s’étend sur des centaines de kilomètres carrés (environ 225 km de long et 30 km de large) en évolution permanente , un vrai labyrinthe et un des derniers sanctuaires de la flore et la faune sauvage, le lieu de prédilection des cyprès et des tupelo gommiers,  un royaume silencieux où se croissent le cerf, le cochon « farouche », l’ours noir, le tatou,  le ragondin, le héron bleu et l’ aigrette,  l’ibis, les tortues, les serpents, l’alligator,  les chasseurs ou les pêcheurs d’écrevisses et de nombreux poissons d’eau douce … le tout bercé par les coassements de grosses grenouilles appelées « ouaouarons » dans des eaux nappées de lentilles d’eau où seul deux yeux d’alligator émergent de temps en temps.  

Héron bleu

Cette région est habitée par une population dynamique et fière de ses héritages culturels : amérindiens, français, africains, créoles, espagnols et acadiens.  Quelques sites à ne pas manquer au pays du Bayou Teche: Lafayette, Pont-Breaux, Henderson, Saint-Martinville et le lac Martin.

Festival de couleurs avec les azalées

Jardins de l’Ile d’Avery

Du nord au sud, de fin mars à la mi-avril, la Louisiane s’offre un véritable festival de couleurs avec la floraison de centaines de bosquets d’azalées notamment à Lafayette,  et à proximité avec les jardins de l’Ile Jefferson ou encore l’Ile d’Avery et ses jardins de la Jungle, aménagés sur l’ancien domaine de 80 ha des McIlkenny (créoles francophones d’origine irlandaise et propriétaires du célèbre Tabasco) où nous pouvons aussi admirer d’élégantes aigrettes blanches. 

Melrose

Enfouie sous les arbres et les fleurs, la plantation Melrose à proximité de Natchitoches vaut le détour pour son passé francophone.  Les deux villes emblématiques  de cette région sont : Natchitoches qui fut la première colonie française et Natchez (dans l’état du Mississippi) qui fut l’une des premières places commerciales du sud.  Toutes deux prospérèrent de leurs plantations et de l’esclavage jusqu’à la guerre de Sécession.  Depuis, le temps semble s’être arrêté.  Au printemps, ses maisons antbellum soigneusement entretenues, se visitent ainsi que leurs jardins bucoliques centenaires.  Une de mes préférées se trouve plus au sud, à Saint-Francisville, celle d’Oakley Plantation,  un peu isolée, elle permet de s’enfoncer dans les bois sur les traces d’Audubon, célèbre ornithologue et peintre naturaliste dont les planches d’oiseaux et de végétaux sont une référence historique.  La plantation des Parlange à Pointe Coupée avec ses nombreux pacaniers vaut le détour et le bord du lac (ancien bras du Mississippi) est une invitation à la rêverie ou au repos.

Laura Plantation à Vacherie

 
De  Baton Rouge à la Nouvelle-Orléans, nous ne manquerons pas la plantation Houmas House Plantation  et surtout les jardins fleuris qui entourent cette belle demeure à colonnades.   La plantation Oak Alley est surtout connue pour son admirable allée de 28 chênes centenaires  et ses buissons d’azalées, de cornouillers de Virginie ou Dogwood. Une pause à Laura Plantation, la plus francophone et créole avec ses couleurs caraïbes et son jardin potager s’impose.

De retour à la Nouvelle-Orléans, il nous restera à remonter la splendide avenue St Charles avec ses chênes verts centenaires entremêlés, ses haies de jasmin confédérés, de bougainviliés, de frangipaniers, ses élégantes demeures aux jardins qui rivalisent de couleurs, un quartier qui mérite bien son nom de Garden District.  Que ce soit de jour ou de nuit, ce circuit permet de découvrir la richesse du patrimoine créole et la créativité des Néo-Orléanais dans la décoration saisonnière de leurs demeures et jardins selon la tradition religieuse : Mardi Gras, Pâques … et Noël.

Le printemps en Louisiane est un temps fort pour les passionnés de jardin et de nature sauvage, les températures sont douces. De nombreux festivals sont organisés autour de la musique et de la gastronomie, c’est aussi la saison des écrevisses, un plat très populaire pour les Louisianais. Laissez le bon temps rouler!

Anne Marbot

photos : Georges et Anne Marbot

  1. Un bayou (d’origine Choctaw : Bayuk, signifie « serpent, sinuosité ».) est une étendue d’eau formée par les anciens bras et méandres du Mississippi. Cet espace amphibie était occupé par les Cadiens francophones et les Indiens qui y vivaient de la pêche et de la chasse.
  2. Le cyprès chauve ou cipre en français louisianais est un arbre de la famille des Taxodiaceae. Il vit dans les marais et zones humides, et se distingue par ses racines aériennes appelées pneumatophores.
  3. Atchafalaya signifie « grande rivière » en langue amérindienne.  Ce basin était exploité pour son bois de cyprès, principale industrie du bassin et bois imputrescible pour la construction des maisons au XIXe.  Suite aux nombreuses inondations les ingénieurs de l’armée édifièrent des barrages ainsi qu’un important système de « levées » pour canaliser le fleuve fin XIXe.  C’est à cette époque que certains villages se développent le long des levées comme Henderson.  Quelques familles vivent encore sur l’eau, dans des « floating houses » .

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1 commentaire

  1. GRAFF dit :

    BRAVO x par….. Amitiés bpg.

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