Quel avenir pour la francophonie de Louisiane  après son accession au réseau de l’Organisation Internationale de la Francophonie?  Quelles sont les forces vives et les moyens mis en œuvre depuis 2018 ?

Louisiane, membre observateur à l’OIF en 2018 : un tremplin pour développer des partenariats francophones  et économiques partout dans le monde.

La Louisiane compte à peu près 250 000 francophones majoritairement « Cadiens» mais aussi créoles, amérindiens francophones. Près de 5 000 élèves sont inscrits au programme d’immersion bilingue français-anglais coordonné par le ministère de l’Education de Louisiane avec 32 écoles réparties dans 11 paroisses.  Des partenariats avec les pays francophones pour faire venir des enseignants de France, Belgique, Québec, Suisse … et Afrique, soit près de 200 professeurs de français détachés chaque année en Louisiane.

En adhérant à l’OIF en tant que membre observateur, la Louisiane est officiellement reconnue au niveau international comme région francophone, suite à une forte mobilisation des communautés francophones et des institutions locales, un engagement politique sans précédent  avec des signatures qui comptent :

« Cette reconnaissance est le résultat de la passion, du dévouement, et de l’engagement des citoyens de la Louisiane envers leur langue française cadienne et créole, leur culture et leur histoire », a déclaré le Gouverneur de Louisiane, John Bel Edwards.

« L’adhésion à l’OIF crée une présence officielle de la Louisiane dans la sphère économique francophone », a déclaré William Arceneaux, président du CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane).

« L’acceptation de la Louisiane dans l’OIF est historique. Cette approbation fait de la Louisiane le premier et le seul état américain membre de l’OIF.  Le vote de l’OIF est une reconnaissance officielle de la Louisiane en tant que membre de la communauté internationale francophone et une validation du travail accompli par le CODOFIL depuis 20 ans dans l’accomplissement de sa mission de maintenir les communautés créole et cadienne de la Louisiane », a déclaré le sénateur Eric LaFleur, originaire de Ville Platte, et ancien président du groupe législatif francophone de la section Louisiane de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

La cotisation annuelle à l’OIF pour un membre observateur s’élève à près de 10 000 dollars, une somme modeste au vu des retombées économiques qu’elle peut générer et l’accès à un réseau mondial à condition d’avoir des projets.  L’Agence Universitaire de la Francophonie qui dispose d’un budget annuel de 40 millions d’euros, favorise notamment les échanges entre les universités des pays membres.  Quant aux actions de coopération multilatérale, elles permettent également de renforcer les liens commerciaux entre les états. Selon Peggy Feehan, directrice Codofil, « c’est un argument convaincant pour attirer les investisseurs : venez faire des affaires en Louisiane, notre Etat a un accès privilégié à plus de 80 pays. » et toujours avec la même énergie,  elle lance le défi « A nous maintenant de nous fédérer, de nous réseauter, d’imaginer ensemble des projets sociaux, éducatifs, professionnels et économiques qui nous permettront de bénéficier pleinement de cette opportunité de montrer au monde que les Louisianais de langue française et créole méritent leur place à la table ».

 

Quelles sont les nouvelles initiatives pour appuyer l’œuvre du CODOFIL ?

En 2009, un important travail universitaire a permis de dresser un corpus de tous les parlers francophones de la Louisiane (Cajun, créole, amérindien) depuis 1930 jusqu’à nos jours grâce à la mobilisation de professeurs universitaires très engagés dans la défense de la francophonie : Barry Jean Ancelet (LSU Lafayette), Thomas Klinger (Tulane) Amanda LaFleur (Bâton Rouge) et bien d’autres membres du Louisiana Endowment for the Humanities. Ce corpus de plus de 900 pages  « Dictionary of Louisiana French » est publié aux presses du Mississippi. D’autre part, Dana Kress professeur à Centenary College a créé en 2002 une maison d’édition qui ré-édite des textes créoles non seulement du 19e mais également d’ auteurs contemporains.  Il a également supervisé la version papier et en ligne de  l’Anthologie de la  Louisiane Française.

Des échanges conviviaux de proximité avec le concept des tables françaises.

Appelées « tables françaises », il s’agit de groupes de francophones qui se réunissent régulièrement dans un café ou un lieu culturel pour parler français, échanger, chanter, créer ou cuisiner dans le sud-ouest de la Louisiane (de Lafayette, Eunice, Ville Plate, Abbeville … à New Iberia ou la Nouvelle-Orléans) jusqu’à Shreveport .

Une des plus populaires est sans doute, celle du petit village d’Arnaudville, au nord de Lafayette où une cinquantaine de personnes, toutes générations confondues, se retrouvent autour de Mavis Arnaud-Frugé, animatrice et personnalité de la francophonie.

L’activité de ces tables françaises est relayée par les jeunes franco-louisianais sur « Charrer veiller » ou « Télé Louisiane » (voir ci-dessous).

Il existe également une table française virtuelle  en ligne.

Si vous êtes de passage en Louisiane, n’hésitez pas à rejoindre une de ces tables où vous serez bien accueillis, le programme est en ligne

A signaler aussi, le label « Oui! Franco responsable » qui signale les entreprises qui offrent des services en français.

Des  échanges nord-américains annuels avec la communauté acadienne : Acadie-Louisiane.

Dans le même esprit que le Congrès Mondial Acadien (CMA) qui commémore l’Acadie et sa diaspora mondiale, l’association Louisiane-Acadie organisera son 3eGrand Réveil Acadien, du 3 au 11 octobre 2020.  Son président, Randal Ménard, rappelle l’importance d’un tel festival pour la francophonie acadienne et sa survie.  Au programme : des réunions de famille, des conférences et des ateliers, mais aussi la mise en place de circuits touristiques pour découvrir l’héritage acadien de Lake Charles à Lafayette et New Iberia,   Ce festival est soutenu par l’état de Louisiane , le bureau du tourisme ainsi que de nombreux bénévoles (1) fortement motivés pour mettre en avant leur culture, leur cuisine et leur musique.

Des partenariats actifs au Québec avec le Centre de la Francophonie des Amériques

  • Coopération bilatérale Québec-Louisiane autour de projets culturels comme les échanges Louisiane-Tadoussac à l’occasion du Festival International de Lafayette, les actions Louisiane-Gaspésie avec les villes de Percé et Lafayette autour de l’art et du cinéma, ou encore l’étude du patrimoine juridique: les codes québecois et louisianais (LSA et Univ. Sherbrooke) face au Common Law, la réalisation de films documentaires sur le sol louisianais etc.  Pour en savoir plus
  • Dans le cadre de sa mission de créer des liens durables entre les francophones nord-américains, le CFA a reçu William McGrew, directeur exécutif de Télé Louisiane et jeune entrepreneur qui a participé à de nombreux ateliers, rencontres avec les médias comme Radio Canada Québec ainsi que des investisseurs potentiels sur le thème « Le français, une langue d’affaires ».
  • Participation  de professeurs Louisianais  au congrès annuel de l’ ACPI- Association canadienne des professionnels de l’immersion, un rendez vous international qui rassemble les professeurs de français américains. Voici quelques témoignages louisianais à l’occasion du «Jour du prof » sur le thème de l’innovation et de la créativité.  Moussa Sadou, boursier CFA-ACELF et

 

Le soutien indéfectible de la France aux échanges multilatéraux concernant les enseignants et l’emploi.

  • Le Consulat de France avec le service culturel de l’Ambassade aux Etats-Unis met en place le programme « assistants de langue anglaise en France ».  Ce programme offre l’opportunité à des jeunes Louisianais (étudiants des départements de français) de travailler en France pendant 7 mois, au niveau du primaire, collège ou lycée.
  • 1erForum emploi pour les francophones organisé par l’Université de Tulane et le Consulat de France à la Nouvelle-Orléans. Une grande première à l’heure où les investissements français sont en augmentation aux Etats-Unis : le volume d’échange entre la France et les Etats-Unis est de 140 milliards de dollars.  En Louisiane, la France arrive en 2eposition des investisseurs étrangers et les entreprises françaises ont créé 10 000 emplois en 2018.  Les résultats d’une enquête du Conseil américain pour l’enseignement des langues étrangères (ACTFL) en 2019 ainsi que Ipsos Public Affairs confirment que le français est la langue étrangère la plus demandée par les employeurs américains juste après l’espagnol et le chinois. Elle montre aussi que 9 employeurs sur 10 font davantage confiance à des employés ayant des connaissances linguistiques autres que l’anglais.

Ce forum ouvert aux professionnels et aux étudiants, a rassemblé plus de 500 personnes.  Les étudiants ont pu rencontrer  à cette occasion des employeurs potentiels , découvrir les entreprises françaises installées en Louisiane (Total, Airbus, Marriott, Air Liquide etc) et créer de nouveaux contacts ou expériences avec des professionnels.   Voici le reportage réalisé par quatre jeunes « ambassadrices d’un jour » à l’occasion de ce forum. Une occasion de montrer les atouts du français dans un parcours d’étude et d’une carrière professionnelle pour les jeunes louisianais francophones.

Une diffusion mondiale avec le développement des réseaux sociaux à l’initiative de jeunes entrepreneurs franco Louisianais.

Nous citerons trois initiatives, de purs produits louisianais : le Charrer-Veiller, le Bourdon de Louisiane et Télé-Louisiane.  Toutes les 3 sont animées par des équipes de jeunes louisianais dynamiques, motivés et créatifs avec un objectif commun :  faire vivre la langue française en Louisiane dans toute sa diversité, diffuser des articles ou des reportages sur la culture et l’actualité de la francophonie louisianaise.

1- Charrer-Veiller (charger signifie jaser en cadien) est une série de podcasts enregistrés à Lafayette.

2- Télé Louisiane est une plate-forme multimédia dédiée aux langues et cultures de la Louisiane diffusée en ligne sur Youtube, Instagram et Facebook. Elle produit des animations pour les enfants, des films, des nouvelles, des documentaires culturels, des interviews… en fonction de l’actualité.

3-Création d’un journal collaboratif en ligne animé par une dizaine de jeunes louisianais et autres : « Le Bourdon de la Louisiane«  (en référence au dernier journal francophone disparu en 1923 : L’Abeille de la Nouvelle-Orléans), il s’agit de publier régulièrement des articles aussi bien en français qu’en créole (appelé ici Kouri-Vini) louisianais.

 

En conclusion, je laisserai la parole à Joseph Dunn, entrepreneur en communication, ambassadeur de la francophonie louisianaise et ancien directeur de Codofil, qui précise à chacune de ses interventions que « On ne naît plus francophone en Louisiane, on le devient« .  Même si la langue, la religion, la gastronomie et la musique reçues en héritage pour certains, ont résisté aux aléas de son histoire, elles se sont aussi adaptées à la modernité nord-américaine.  Pour les jeunes, l’avenir du français en Louisiane sera inévitablement lié à ses débouchés économiques en matière d’emploi et de créativité, et la mise en réseau avec la francophonie internationale face à la mondialisation des échanges.

 

Anne Marbot

 

Petit rappel historique :

  • 1682 : création officielle de la Louisiane
  • 1699 -1766 : la Grande Louisiane française (des grands lacs au golfe du Mexique). Les autochtones alliés des Français en Louisiane : Houmas, Chotcaw, Biloxi et autres.
  • 1763 : suite au Traité de Paris, la partie occidentale de la Louisiane devient espagnole et la partie orientale anglaise.
  • 1765 : début de l’ immigration acadienne suite au Grand Dérangement de 1755.
  • 1766-1803 : instauration du régime espagnol
  • 1791 à 1809 : arrivée de plus de 10 000 réfugiés français de Saint-Domingue à la Nouvelle-Orléans.
  • 1803 : rétrocession de la Louisiane à la France (suite au traité de San Ildefonso-1800) et  aussitôt, vente  de la Louisiane ou « Louisiana Purchase » pour les américains.
  • Avant la guerre civile : Etat bilingue.
  • Après la guerre civile : la langue officielle devient l’anglais.
  • 1921 : la langue française est interdite dans les écoles
  • 1968 : avec James Domengeaux, création du CODOFIL et arrivée des professeurs de français ( France, Belgique, Québec …).
  • 2018 : forte mobilisation institutionnelle  des francophones  et politique pour l’accession de l’état de Louisiane à l’OIF
  • 2019 : quels projets pour les « jeunes forces vives » francophones?

(1) Quelques membres de l’équipe de choc du Grand Réveil Acadien 2020 :

Randall Ménard et Ray Trahan sans oublier l’énergie communicative de Brenda Randal Ménard, prsdt du GRA-2020

 

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