A notre époque, alors que le houx est étroitement associé à la fête de Noël, le gui continue en Europe  de l’ouest de célébrer le renouveau au moment où les jours recommencent à s’allonger et la tradition veut que la boule de gui qui orne la maison pendant les fêtes soit un  gage de paix, d’harmonie et un porte- bonheur. S’il ne pousse pas au Canada, il y a quand même planté ses racines  sous forme d’une coutume, celle de la guignolée.

de la Gaule…

Cueillette du gui par les druides selon les légendes celtiques

Plante endémique en Europe, le gui était vénéré par les Celtes pour son apparence d’éternelle verdeur à un moment de l’année ou toute la nature est au repos. Les druides le considéraient comme une plante sacrée en raison de ses pseudo vertus médicinales. Hypotenseur, diurétique et antispasmodique, le gui possède effectivement des vertus curatives à condition de savoir en doser sa consommation.  Pour nos ancêtres, il protégeait en outre de la foudre, des incendies, des inondations et… du mauvais sort.  Au moment du solstice d’hiver, les druides allaient le récolter sur les chênes qui en portent rarement d’où la symbolique précieuse auquel il est associé et le coupaient à l’aide d’une faucille prétendument en or en s’exclamant  » O Ghel an Heu » ce qui signifiait :  » Que le blé germe », saluant ainsi le début du renouveau du cycle des saisons. Au Moyen-Age, l’expression devint : « Au gui l’an neu(f) » et cette formule fut longtemps utilisée par les enfants qui faisaient la quête ou demandaient des étrennes la veille du jour de l’An. Au 17ème siècle dans le nord et l’est de la France, la formule était associée  à des dons faits aux plus pauvres au moment du passage à la nouvelle année.  Les morceaux de lard reçus en offrandes étaient embrochés sur des aiguillons de bois appelés « guillanies »  dans certaines provinces. Ainsi naquit la guillonée, l’ignolée ou la guignolée.*

… jusqu’à Detroit

Cette coutume fut  ainsi amenée par les colons de la Nouvelle-France qui « couraient la guignolée » souvent costumés, précédés par des sons de clochette et qui menaient grand tintamarre à l’aide d’instruments de musique, tambours et violons en tête. La plupart d’entre eux se contentait de chanter la chanson de la guignolée ** tandis que , suivant le cérémonial, certains entraient dans les maisons non sans avoir y été formellement invités par  les occupants. Cette joyeuse activité sociale donnait aux « guignoleux » l’occasion de se réchauffer les pieds en dansant et le gosier en s’abreuvant de quelques verres au point que la tournée était de plus en plus animée et pouvait se poursuivre assez tard dans la nuit. Le traineau qui servait à déposer les dons en nature -l’échine de porc étant un des plus appréciés- finissait parfois par transporter les guignoleux un peu trop éméchés.

Illustration d’Edmond-Joseph Massicotte

Les historiens tels que Massicote font référence à cette coutume typiquement canadienne française et Marcel Beneteau, professeur à l’Université ontarienne de Sudbury , nous livre les témoignages de  Marie Caroline Watson Hamlin, auteure de « légend of le Detroit », recueil de récits et légendes portant sur les Canadiens français des deux rives de la rivière Detroit qui décrit deux coutumes du jour de l’an propres aux franco-canadiens du 19 ème siècle : celle de la bénédiction paternelle et celle de « l’Ignolée » ***.

Renouveau

Tradition typiquement populaire la guignolée se changea avant la moitié du 19ème siècle en une quête effectuée par les pauvres eux-mêmes, ce qui engendra dans les villes à des permis délivrés par les autorités municipales, renforçant une réglementation mais n’empêchant pas certains débordements ou querelles au moment du partage des dons, jusqu’à sa quasi-disparition à la fin du siècle. Ce fut le Cercle des Voyageurs de commerce de Québec qui relança la coutume en 1903 et reversa les dons aux curés des paroisses de la ville via l’association Saint-Vincent de Paul.

Dans la joie et la bonne humeur

Si elle y perdit un peu de sa fantaisie débridée, la coutume y gagna en efficacité puisque les journaux de l’époque rapportèrent que la collecte populaire rapporta plus de 50.000 dollars en espèces sonnantes et trébuchantes ! Tombant de nouveau en désuétude au moment de la Révolution Tranquille, la Guignolée a repris de la vigueur à la fin du 20ème siècle, au Québec comme dans les communautés francophones de l’Ontario, de Nouvelle-Ecosse et jusqu’au Manitoba. Organisée par les structures associatives, qu’elles soient sportives ou culturelles, les écoles ou de simples particuliers, elle est redevenue très populaire et festive. Les élus y participent  massivement tout comme les gens du spectacle et les représentants  des médias dans un grand élan de solidarité qui contrebalance  ( un peu) le caractère commercial des fêtes de fin d’année…

 

Claude Ader-Martin

 

 

Sources :

*Le réseau de diffusion des archives du Québec

** » Bonjour le maître et la maîtresse, et tout le monde de la maison, pour le dernier jour de l’année la Guignolée vous nous devez…. » . Paroles d’Ernest Gagnon auteur d’un recueil de chansons populaires du Canada paru en 1865.

***Le Folklore des Pays d’en haut au XIXème siècle : le témoignage de Marie- Caroline Watson Hamlin par Marcel Bénéteau.

 

 

 

 

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