Il y a quelques semaines, discutant avec des étudiants en journalisme de la possibilité d’une poursuite de leurs études au Canada, j’ai été interrogée sur la marche à suivre pour faciliter une éventuelle expatriation liée au choix de telle ou telle université reconnue pour son excellence.  Est venue sur le tapis, bien sûr, la question de l’avantage que représente pour les jeunes Français la possibilité de poursuivre leur cursus dans leur langue et des divers « salons » initiés par le Québec au sein de l’Hexagone afin de faire connaitre ses universités et leurs modalités d’inscriptions. La conversation allait bon train jusqu’à ce qu’une jeune fille assez peu bavarde jusque là m’interroge : « Mais pourquoi si je veux aller sur un campus ontarien, m’envoyez-vous chercher mes renseignements à l’Ambassade du Canada et que pour Montréal, vous me conseillez de m’adresser à la Délégation Générale du Québec ? C’est bien le même pays, non » ? En murmurant que je n’étais « pas sortie de l’auberge », l’amie qui m’accompagnait s’éclipsa, me laissant seule face à la nécessité de faire simple pour résumer l’exception québécoise. Je dois dire piteusement que je n’y suis pas arrivée du premier coup et qu’il m’a fallu échanger avec l’étudiante à posteriori pour répondre  à sa question  après quelques révisions d’histoire. Une fois encore, il m’a bien fallu invoquer les mânes du Grand Charles !

Un peu de politique

Alors même que le Canada n’avait d’autre statut que celui de colonie de l’empire britannique, arrive à Paris le premier agent du Québec en 1882. Ce n’est pas un inconnu.  Beau-frère de George-Etienne Cartier, Hector Fabre a été avocat puis journaliste fondateur de l‘Evènement et a entamé une carrière politique au point d’être nommé sénateur. Son amitié avec le premier ministre du Québec  favorable à l’accueil d’immigrants venant de France lui vaut d’être nommé représentant attitré du gouvernement du Québec à Paris afin d’y développer des partenariats économiques.Le gouvernement fédéral de l’époque n’y voit aucune objection  et même quelques avantages en termes d’économies d’échelle puisqu’Hector Fabre accepte de surcroit de représenter le gouvernement du Canada. De plus, en partant à Paris, il a libéré une place de sénateur au profit d’un ancien adversaire politique, ce qui arrange tout le monde sauf peut être  l’ambassadeur britannique à Paris qui, parait-il, « le bouda copieusement », considérant sans doute que cet envoyé de la colonie occupant un double poste, doublement rémunéré de surcroit, risquait de lui faire un peu d’ombre. Comme moyen d’action, Hector Fabre a fondé  peu après son arrivée à Paris un nouveau journal Paris-Canada consacré au rapprochement franco-canadien. C’est ainsi que cet homme de réseau, diplomate dans l’âme, tout en faisant rayonner son pays d’origine a négocié la signature du tout premier traité commercial entre le Canada et la France en 1893. Nommé pour un temps limité à Paris, l’agent du Québec et du Canada qui s’y plaisait bien, y restera finalement 28 ans jusqu’à son décès en 1910.

Maison du Québec à Paris

Après sa mort, le gouvernement fédéral refuse que son commissaire en France continue à porter une double casquette et durant un demi-siècle, les relations officielles entre le Québec et la France manquent de visibilité extérieure. Jusqu’au jour où de Gaulle revenu aux affaires en 1958 commence à manifester son intérêt pour la mise en place de nouveaux liens. De l’autre côté de l’Atlantique, le gouvernement de Jean Lesage y travaille aussi. S’en suit l’inauguration par André Malraux  de la Maison du Québec en 1961 durant laquelle le premier ministre du Québec est traité à l’égal d’un chef d’état. Devenue Délégation générale du Québec  en 1964, elle est la deuxième délégation officielle du Québec à l’étranger après celle de New-York. Suit la signature  d’ententes bilatérales officialisant le caractère concret des relations entre le Québec et la France ainsi qu’un accord entre le Canada et la France permettant à la France d’avoir des ententes avec les provinces canadiennes sans en référer au gouvernement fédéral. La voie  de l’ouverture du Québec à l’international est désormais ouverte et la coopération entre  le Québec  et quantité d’autres pays s’institutionnalise peu à peu à travers le monde. Quant aux relations entre Ottawa et Paris, elles souffrent  trois ans plus tard d’un refroidissement lié au « Vive le Québec libre » du général. Mais ceci est une autre histoire qui, avec le temps, finira par s’arranger…

33 représentations et quelques fortes personnalités à travers le monde

33 représentations existent dans 18 pays à travers le monde. Elles  offrent des services dans les secteurs d’activités qui relèvent de la compétence du Québec tels que l’économie, la culture ou l’immigration. Selon les pays, les représentations peuvent être délégations générales ( 8) ou délégations (5). Dans ces deux cas, les délégués sont nommés par le gouvernement québécois et le personnel est généralement détaché d’un ministère québécois. Les délégués sont soit des représentants de la société civile, soit des élus, soit des dirigeants d’entreprise ou d’institutions prestigieuses, en général des personnalités charismatiques. Chaque délégation couvre un territoire qui peut rayonner au delà des frontières du pays concerné telle la Délégation générale du Québec à Bruxelles qui couvre aussi le Luxembourg les Pays-Bas. La dernière délégation générale a été créée en sol africain  cette année à Dakar.Depuis le Sénégal, elle étend ses compétences de la Guinée, au Cameroun, en passant par le Mali et le Togo soit 12 pays au total. A sa tête, la pétillante Fatima Houda-Pépin ancienne députée libérale éjectée en fanfare de son parti pour cause d’opinions divergentes, ardente supportrice de la laïcité, de l’égalité homme/femme et de la francophonie, conférencière et consultante, qui fait ce qu’elle dit et dit ce qu’elle fait et dont les chroniques  au journal de Montréal et au journal de Québec frappées au coin du bon sens  étaient lues jusqu’en septembre dernier  par des milliers de lecteurs.  Viennent ensuite les bureaux (13) dont les directeurs sont nommés par le ministère des relations internationales et de la francophonie. Le personnel est généralement recruté sur place et l’offre de services est limitée à certains secteurs. Puis les antennes  (5) dirigées par un citoyen du pays d’accueil et employant du personnel local. Enfin le Québec participe aux travaux au sein de la Délégation aux affaires francophones et multilatérales et au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’Unesco. En un demi-siècle, le Québec s’est imposé en matière de représentativité. Si on s’en réfère au parcours de ceux qui ont initié le processus, on peut dire que l’histoire avait plutôt bien commencé. C’est ce que j’ai raconté à la jeune Aurélie à laquelle je souhaite de belles études dans l’université de son choix  en terre canadienne quelle qu’elle soit !

 

Claude Ader-Martin

Sources :

La naissance de la Délégation générale du Québec à Paris  : Michel Sarra-Bournet

Hector Fabre : dictionnaire biographique du Canada vol XIII

 

 

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