A l’issue d’une décennie qui amenait sur le devant de la scène la culture des Acadiens francophones, le Nouveau-Brunswick adoptait en 1969 la loi qui faisait de la province, la seule des provinces canadiennes à être officiellement bilingue. Avec en point d’orgue, dix ans plus tard, un prix Goncourt couronnant celle qui avait fait entrer le parler acadien dans la littérature internationale.

12 juillet 1960 :  L’Acadien Louis-Joseph Robichaud devient le Premier ministre du Nouveau-Brunswick. Agé de 34 ans, il est le premier francophone à diriger la province. Il prend ses fonctions dans une société à deux vitesses où les Acadiens qui représentent alors 42% de la population sont les plus pauvres et  où les Anglophones  occupent les postes à responsabilité.Cela va le pousser à mettre en place le programme « Chances égales pour tous » destiné à  moderniser de fond en comble les services sociaux et éducatifs, l’administration, les services judiciaires et de santé. Deux après son élection nait l’Université francophone de Moncton.

Révolution linguistique

En 1969 est promulguée la loi sur les langues officielles faisant du Nouveau-Brunswick, une province bilingue. Mesure appréciée diversement et qui entraine une explosion de joie du côté des francophones et des réactions fortement hostiles du côté des anglophones. Mais le Nouveau-Brunswick a tenu bon et continue de tenir bon même si les statistiques officielles indiquent que les francophones ne représentent plus que 32,4 % de la population * et que le taux de bilinguisme est de 71 % chez les francophones et seulement de 15 % chez les anglophones alors que la province oblige tous les élèves à apprendre -en principe- la langue officielle qui n’est pas la leur à l’origine.

La loi sur les langues officielles  de 1969, plusieurs fois modifiée depuis lors, n’avait pas été servie sur un plateau d’argent. Certes un rapport officiel sur la question du bilinguisme porté par André Laurendeau et Davidson Duton , publié en 1967 était intervenu à point nommé. Il appelait à un changement de la reconnaissance des droits linguistiques des francophones au Canada, recommandant que l’Ontario et le Nouveau-Brunswick deviennent bilingues en raison de la présence d’importantes minorités francophones. Si le gouvernement ontarien l’ignora, le Nouveau-Brunswick marqué depuis un siècle par les luttes des francophones pour la reconnaissance de leur culture et de leur religion  y vit l’occasion que beaucoup attendaient. En effet, depuis le retour des Acadiens d’Europe et  des provinces américaines au milieu du 19ème siècle, l’histoire de la communauté acadienne francophone avait connu son lot de  luttes et de tragédies comme celle de la mort du jeune Louis Mailloux fervent opposant à la loi sur le système scolaire de 1871. Celle ci offrait l’instruction gratuite aux enfants de la province uniquement en anglais, renvoyant de fait les jeunes francophones à la maison, en accentuant leur isolement au sein de la province.  Votée en 1969, la loi sur les langues officielles ne vit son application totale qu’en 1977, et ce n’est qu’en 1981 que fut reconnue l’égalité des deux communautés linguistiques officielles du Nouveau-Brunswick.

Reconnaissance du peuple acadien

Entre temps, et après cent ans d’oubli du peuple acadien, l’Acadienne Antonine Maillet avait fait entrer le parler acadien dans la littérature en publiant en 1968 la pièce de théâtre » Les Crasseux« .Deux clans s’y affrontent : les  notables, gens d’en Haut et les Crasseux, ceux d’en Bas qui  mènent l’un contre l’autre une guerre ouverte.

Antonine Maillet chez elle en 2016

Paraissait  dix ans plus tard « Pélagie La Charrette » qui  valait à l’Acadienne le Prix Goncourt en 1979, apportant à l’Acadie une reconnaissance mondiale de son histoire, de son génocide et de sa culture, en soulignant la réémergence de ses descendants. Cette année là, le drapeau acadien bleu blanc rouge frappé d’une étoile jaune symbolisant la dévotion à Marie qui avait fait son apparition en 1884 mais auxquels tous ne s’identifiaient pas en raison de sa connotation républicaine devint le symbole de référence du peuple acadien au Canada comme à l’étranger. Là où il flotte, nul ne peut ignorer qu’il est en terre acadienne  !!!

 

 

Claude Ader-Martin

*chiffres de 2016

Sources  axl.cefan.ulaval.ca/…mnord/nbrunswick.htm

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1 commentaire

  1. Bonnin Bernard dit :

    Merci pour ce rappel. Je me souviens que la coopération offrait à l’époque un poste de coopérant dans un journal qui, je crois me souvenir, s’appelait l’Evangéline (?!).

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