A la suite de l’article du 13 février 2019 sur Les réfugiés acadiens en France et à la suite du congrès mondial acadien 2019 qui vient de se terminer, voici le dernier des quatre articles consacrés aux quatre étapes principales du parcours des Acadiens en France (Saint-Malo, Belle-Ile-en-Mer, Poitou, Nantes)…

Un rêve de Louisiane, vraiment ?

Eglise Saint-Martin de Chantenay, à Nantes, la plus fréquentée par les Acadiens (auteur Gwendal, CC BY-SA 3.0).

De l’automne 1775 au printemps 1776, Nantes vit arriver à son tour le plus grand rassemblement de réfugiés acadiens en France (près de 1400 personnes). Après l’échec de la colonie du Poitou chère au marquis de Pérusse des Cars, les Acadiens n’avaient pas eu le choix. Nantes était l’étape préalable à leur émigration outremer, même si la destination finale restait incertaine…

En réalité, le séjour des Acadiens à Nantes dura 10 ans, jusqu’à leur départ pour la Louisiane, en 1785. Les familles avaient été réparties sur plusieurs paroisses, surtout Saint-Martin à Chantenay (village maintenant rattaché à Nantes), mais aussi Saint-Similien, Saint-Nicolas et Saint-Jacques, pour ne citer que celles où on a retrouvé des actes d’état civil concernant des Acadiens. Il est cependant bien difficile de retracer la vie des Acadiens dont la majorité habitait l’ancien quartier populaire de l’Hermitage, aux logements insalubres, proche du port de Nantes. Des familles s’étaient également installées à Paimboeuf, beaucoup plus en aval. Pour autant, après un si long séjour subi, la Louisiane était-elle la destination rêvée des Acadiens ? Aujourd’hui, même si Nantes honore la mémoire de ses Acadiens et leur départ pour la Louisiane, il faut bien reconnaître que cette destination n’allait pas de soi…

En 1993, la ville a installé rue des Acadiens, à Chantenay, deux fresques monumentales du peintre américain Robert Dafford. La première, intitulée « Port de Nantes, 1785 », évoque le départ des Acadiens pour la Louisiane, la deuxième l’arrivée des mêmes Acadiens en Louisiane. La deuxième fresque a d’ailleurs été reproduite à l’identique par le même peintre au musée des Acadiens à Saint-Martinville en Louisiane. Toutefois, cette vision magnifiée du destin des Acadiens cache une réalité beaucoup plus nuancée. Revenons au début des années 1780…

Détail de la fresque « Le port de Nantes, 1785 » de Robert Dafford, rue des Acadiens à Nantes, illustrant l’embarquement des Acadiens pour la Louisiane.

A l’issue de la guerre d’indépendance américaine (1775-1783), la Louisiane était finalement apparue comme un compromis acceptable autant par les Acadiens que par le gouvernement. La Louisiane (occidentale) était pourtant espagnole, mais l’Espagne était un pays allié, catholique et avait accepté de prendre en charge le voyage et les frais d’établissement des Acadiens. Beaucoup d’Acadiens se montraient-ils encore méfiants, craignant qu’on les envoie en Guyane, et non en Louisiane au climat plus tempéré ? Le gouvernement avait consenti à payer aux Acadiens les arrérages (arriérés de soldes) et autorisé les femmes françaises à accompagner leurs maris acadiens. Le Nantais (non-acadien) Henri-Marie Peyroux de la Coudrenière et l’Acadien Olivier Terriot avaient aussi joué un rôle d’intermédiaire décisif pour convaincre un grand nombre de récalcitrants.

De mai à octobre 1785, 1600 Acadiens partirent enfin de Nantes et Paimboeuf pour la Louisiane. Ils venaient de Nantes, pour la plupart, mais aussi de Saint-Malo, Paimboeuf, Morlaix et Belle-Ile-en-Mer, contribuant tous à former en Louisiane ce qui s’appela par la suite le peuple cajun.

Jean-Marc Agator

Documentation de référence

Jean-François Mouhot ; « Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785, l’impossible réintégration » ; Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Jean-Marie Fonteneau ; « Les Acadiens, citoyens de l’Atlantique » ; Rennes, Editions Ouest-France, 1996.

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