A la suite de l’article du 13 février 2019 sur Les réfugiés acadiens en France et dans la perspective du congrès mondial acadien 2019, voici le troisième des quatre articles consacrés aux quatre étapes principales du parcours des Acadiens en France (Saint-Malo, Belle-Ile-en-Mer, Poitou, Nantes)…

Les premiers colons de l’Acadie

Pont Henri IV à Châtellerault, tout près de la promenade des Acadiens (auteur Juliofsanguino, licence CC BY-SA 4.0)

C’est une stèle commémorative discrète installée au bord de la Vienne, promenade des Acadiens, à Châtellerault. Elle rappelle qu’au printemps 1774, 972 réfugiés acadiens ont débarqué à cet endroit afin de rejoindre la colonie agricole du marquis de Pérusse des Cars.

Les Acadiens, chassés de leur Acadie natale, venaient en Poitou sur une terre de leurs ancêtres, certains enthousiastes, la plupart plutôt sceptiques ou résignés. La colonie agricole rêvée par le marquis fut un échec, mais quelques familles restèrent en Poitou sur ce qui était devenu la « Ligne acadienne », entre Monthoiron et La Puye. Les Acadiens savaient-ils qu’à seulement 50 km se trouvait un pays cher aux deux grands artisans de la colonisation initiale de l’Acadie ? Remontons encore dans le temps…

En 1632, Isaac de Razilly fut nommé lieutenant général du roi, chargé de relancer la colonisation française en Acadie. Il était né au château d’Oiseauxmelles (aujourd’hui château des Eaux Melles), à Roiffé (Vienne), au nord de Loudun. Son lieutenant et cousin, Charles de Menou d’Aulnay, originaire du sud de la Touraine, devait son deuxième nom à la seigneurie d’Aulnay, au sud de Loudun, que sa mère lui avait léguée. Leur expédition partit d’Auray (Morbihan) le 23 juillet (ou peut-être le 4 ?) et arriva à La Hève (côte sud de l’actuelle Nouvelle-Ecosse) le 8 septembre. Elle comptait 300 hommes « d’élite » et une quinzaine de familles de colons, les toutes premières familles souches de l’Acadie française.

Charles de Menou d’Aulnay (image dans le domaine public)

En 1639, Charles de Menou d’Aulnay prit la succession d’Isaac de Razilly, avec le titre de lieutenant général. Jusqu’à sa mort accidentelle en 1650, il fit établir une vingtaine de familles en Acadie, ce qui paraît considérable puisqu’il le fit par ses propres moyens, sans assistance officielle. C’est grâce à ces deux grands colonisateurs que l’on doit le peuplement initial de l’Acadie française, concentré dans la période 1632-1650. Certaines de ces familles venaient-elles pour autant du Loudunais et plus particulièrement du village de La Chaussée, à 3 kilomètres d’Aulnay, où une plaque commémorative le suggère ? Nul ne le sait vraiment à ce jour. Projetons-nous maintenant de nouveau en 1774…

A Châtellerault, ce sont près de 1500 réfugiés acadiens qui s’étaient rassemblés fin juin, dans l’attente d’une colonisation massive en Poitou qui ne vit jamais le jour. Les premiers d’entre eux étaient arrivés dès octobre 1773, alors que la Ligne acadienne ne comportait que les premières fermes encore en construction. Au printemps 1776, la plupart des Acadiens avaient quitté le Poitou et s’étaient rassemblés à Nantes d’où ils émigrèrent en Louisiane en 1785.

Ferme musée de la Ligne acadienne à Archigny (auteur Remi Jouan, licence CC BY-SA 3.0)

Sur les 57 fermes neuves que compta la Ligne acadienne, il ne reste aujourd’hui qu’une trentaine d’exemplaires, dont la ferme musée d’Archigny. A environ 50 km au nord-ouest d’Archigny se trouve la Maison de l’Acadie, à La Chaussée, à deux pas de l’ancienne seigneurie d’Aulnay, fief du grand colonisateur auquel l’Acadie doit beaucoup.

Voici le noyau principal des Acadiens restés en Poitou au 30 avril 1784, regroupant 34 personnes sur 91 : les trois beaux-frères Pierre Boudrot, Marin Daigle et Ambroise Guillot, et leurs familles.

Jean-Marc Agator

Documentation de référence

Damien Rouet ; « Les Acadiens dans le Poitou », ouvrage collectif  « Le Fait acadien en France, histoire et temps présent », sous la direction de André Magord ; La Crèche, Geste éditions, 2010.
Jean-Marie Fonteneau ; « Les Acadiens, citoyens de l’Atlantique » ; Rennes, Editions Ouest-France, 1996.
Jean-François Mouhot ; « Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785, l’impossible réintégration » ; Presses Universitaires de Rennes, 2012.

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