A la suite de l’article du 13 février 2019 sur Les réfugiés acadiens en France et dans la perspective du congrès mondial acadien 2019, voici le deuxième des quatre articles consacrés aux quatre étapes principales du parcours des Acadiens en France (Saint-Malo, Belle-Ile-en-Mer, Poitou, Nantes)…

Une intégration plutôt réussie

L’entrée du port de Le Palais devant la citadelle Vauban (auteur Patrice78500, licence CC BY-SA 3.0)

L’événement était hautement symbolique et montrait avec éclat que la mémoire acadienne de Belle-Ile-en-Mer est bien vivante. Le 11 juin 2016, Belle-Ile-en-Mer commémorait le 250ème anniversaire de l’installation de 78 familles de réfugiés acadiens (363 personnes) réparties dans 40 villages des quatre paroisses de Le Palais, Bangor, Locmaria et Sauzon.

En présence d’une importante délégation canadienne, le maire du Palais et président de la communauté des quatre communes de Belle-Ile-en-Mer soulignait le caractère indispensable du jumelage de l’île depuis 2003 avec la ville de Pubnico (Nouvelle-Ecosse). Pubnico (anciennement Pobomcoup) est considéré comme le plus ancien village acadien, fondé en 1653, et même le plus ancien village du Canada encore occupé par les descendants de son fondateur, le baron Philippe Mius d’Entremont. Aujourd’hui, ce lien fort est précieux pour Belle-Ile-en-Mer qui, loin d’être une île-musée, constitue le plus grand fief acadien de France. Pour le comprendre, revenons à novembre 1765…

Les familles acadiennes étaient toutes arrivées au port de Le Palais, en provenance surtout de Morlaix mais également de Saint-Malo. La plupart d’entre elles avaient été exilées et assignées à résidence dans des ports anglais jusqu’en 1763. Que venaient-elles faire à Belle-Ile-en-Mer, cette île bretonne d’environ 5000 habitants tout juste reprise aux Anglais mais à reconstruire entièrement ? Les Etats de Bretagne avaient proposé un afféagement général de l’île, c’est-à-dire une redistribution des terres aux paysans bellilois afin qu’ils en deviennent propriétaires. Ils espéraient sans doute, en offrant aussi des terres aux Acadiens, réputés plus industrieux, opérer une saine émulation rurale. Cette expérience fut elle un succès ? Si de nombreux Bellilois revendiquent aujourd’hui leur ascendance acadienne, c’est que l’intégration sociale et économique de leurs ancêtres fut plutôt réussie. Des données factuelles et numériques récemment collectées (Jean-Paul Moreau, 2014) sont très éclairantes à cet égard…

La croix des Acadiens, à l’est de Bangor, où la plaque mentionne « En ces lieux se réunissaient les Acadiens arrivés à Belle-Ile-en-Mer en 1765 » (auteur Patrice78500, licence CC BY-SA 3.0)

Les deux premières décennies (1765-1785) furent marquées par deux dates clés. A partir du 1er janvier 1776, les Afféagistes furent autorisés à vendre leurs terres et en 1785 certains Acadiens émigrèrent en Louisiane. Dans cette période, le principal moteur de l’intégration sociale – le mariage – joua massivement son rôle puisque près de 90% des mariages concernant un Acadien ou une Acadienne étaient mixtes ! Après 1785, seulement 25% des familles pionnières étaient restées définitivement dans l’île. Parmi les autres, 30% avaient émigré en Louisiane et 45% quitté aussi l’île mais en restant dans les ports bretons. Certes, dans la première décennie, plusieurs départs étaient manifestement liés à des motifs économiques, mais dans la seconde, les familles partantes avaient pu vendre ou affermer leurs concessions dans de bonnes conditions, parfois même à… d’autres Acadiens restés sur l’île.

Voici les principales familles acadiennes pionnières de Belle-Ile-en-Mer en novembre 1765 (200 sur 363) : Leblanc, Granger, Trahan, Terriot, Daigre.

Jean-Marc Agator

Documentation de référence

Moreau, Jean-Paul ; « Nouvel éclairage sur les Acadiens à Belle-Ile-en-Mer à la fin du 18ème siècle » ; Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 121, n°2, 2014.
Jean-Marie Fonteneau ; « Les Acadiens, citoyens de l’Atlantique » ; Rennes, Editions Ouest-France, 1996.
Jean-François Mouhot ; « Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785, l’impossible réintégration » ; Presses Universitaires de Rennes, 2012.

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