Un nouveau chapitre pour un tourisme de qualité  s’ouvre avec l’ouverture de la Maison Seignouret-Brulatour au 520  Royal Street, une rue mythique déjà célèbre pour la culture et le patrimoine avec ses bâtiments historiques et ses nombreuses boutiques d’antiquaires.

Il s’agit d’une opération de restauration hors norme pour une structure qui date de 1816 : plus de 15 ans de réflexion, de fouilles et de découvertes archéologiques (1) avant la rénovation et l’ agrandissement sans oublier les difficultés du terrain : la proximité du fleuve et la difficulté de construire du neuf dans un secteur historique. Aux dires du constructeur, le défi était comme celui de construire un bateau dans une bouteille.   Aujourd’hui, l’espace culturel comprend le bâtiment d’origine et un bâtiment nouveau  appelé « Aile du Tricentenaire » soit plus de 3 300 m2 au total et  38 millions de dollars d’investissement pour la restauration et le nouvel aménagement de la Maison Seignouret-Brulatour.

Son objectif est d’être une table d’orientation incontournable dans l’histoire de la Nouvelle-Orléans, centrale aussi car elle enrichit l’offre locale grâce à la détermination et le savoir-faire du Historical New Orleans Collection , une fondation privée à l’origine de ce projet culturel  d’envergure dont les membres ont décidé qu’il serait gratuit et ouvert à tous.  Le THNOC, c’est aussi une équipe d’experts, de passionnés et de bénévoles qui ont toujours  su œuvrer pour le maintien de la culture locale dans un Quartier Français souvent malmené par le tourisme de masse ou les projets immobiliers.

Le THNOC, une Fondation qui a de la ressource !

Le THNOC connu pour son souci de conserver et entretenir le patrimoine du Quartier Français,  gère pas moins de huit bâtiments historiques  dont le musée d’origine situé au N° 533 qui retrace l’histoire de la Louisiane.

Le THNOC compte parmi ses membres l’élite économique et culturelle de la ville qui n’hésite pas à participer financièrement aux projets de sauvegarde ou d’acquisition, que ce soit de bâtiments historiques, d’objets,  de peintures, de documents anciens et rares.

Il possède également un centre de recherche et de ressource unique de documents publics ou privés anciens, terrain privilégié pour les stagiaires de l’Ecole des Chartres qui épaulent les chercheurs locaux dans la numérisation de ce patrimoine français ou espagnol. Il met à la disposition du public une bibliothèque de plus de 30 000 documents et ouvrages  ainsi qu’un fonds historique des grands photographes de la ville situés au Williams Research Center, rue de Chartres.

Il organise régulièrement des expositions ou symposiums avec les meilleurs spécialistes et la qualité de ses publications en font une référence aux Etats-Unis : atlas des cartes anciennes de Louisiane, encyclopédie du mobilier colonial, ouvrage du monde créole des Caraïbes ou encore pour le tricentenaire: l’album de la fondation de la Nouvelle-Orléans…

Aujourd’hui, une nouvelle ère s’ouvre pour le THNOC, celle d’un espace culturel où l’interactivité est présente à tous les étages et disponible pour tous les âges avec un objectif affiché pour l’éducation et  l’accessibilité, le partage direct des connaissances anciennes et actuelles.  Tournée vers l’avenir, elle laisse aussi place aux artistes contemporains ou en devenir sous forme d’expositions temporaires comme celle en cours sur l’après-Katrina jusqu’en novembre 2019

 

 

Une approche moderne et interactive de l’histoire de la Nouvelle-Orléans

Dans le hall d’entrée, une carte interactive du quartier français offre la possibilité à chacun de choisir son parcours culturel.  Six personnes peuvent l’utiliser en même temps pour un rapide survol des principaux lieux de mémoire à proximité suivant plusieurs thématiques : littérature, architecture, musique, gastronomie etc

Dans les salles, les objets, tableaux voisinent avec les scènes interactives et immergent les visiteurs dans l’univers des populations qui ont habité le quartier à différentes époques : non seulement les Indiens ou les Français, Espagnols, Africains, Irlandais…mais aussi toutes les populations qui ont participé à l’établissement de la colonie, des origines à nos jours. L’histoire n’est pas chronologique, elle est thématique et montrent l’apport des autochtones et des immigrants dans les arts, la musique, la culture, le transport, l’esclavage, le commerce…

Deux innovations majeures dans le traitement culturel : un nuage de mots clés sert de fil conducteur interactif sur fonds musical pour aborder les différents concepts accessibles au public (oeuvre signée Xiao Xiao et MIT-Don Derek Haddad). La seconde est un film immersif dans le « Quartier Français la nuit » projeté sur quatre murs, une découverte saisissante  de la vie nocturne de cette rive du Mississippi infestée par les moustiques à ces débuts  jusqu’au Mardi Gras actuel, plus de trois cents d’histoire locale défilent en 17 minutes (oeuvre signée Michelle Benoît and Glen Pitre of Côte Blanche Productions) de façon magistrale et ludique.

Comme tous les grands musées actuels, il comprend une boutique d’objets qualitatifs locaux et originaux et de diffusion des publications du THNOC ainsi qu’une sélection d’ouvrages.  Un restaurant « Côté cour » propose des plats fait maison, il est prévu de proposer une sélection de vins de qualité ayant trait à l’histoire du lieu.

Aperçu video

 

Quel est le lien avec la région Nouvelle-Aquitaine ?

D’abord, il s’agit du Quartier Français où la présence d’Aquitains s’avère importante dès le XVIIIe et surtout au début du XIXe siècle suite à l’arrivée massive d’émigrés  de Saint-Domingue: les Lanusse, Gardères  Grandchamps …. mais aussi des soldats  ou de colons  au XVIIIe comme le chevalier Pradel de Lamaze (2)ou encore d’émigrants venus de Bordeaux chercher fortune comme François Seignouret.

La Maison Seignouret-Brulatour est la maison construite par Seignouret en 1816 (3), nous retrouvons le même style néo-classique de ferronnerie que celui de son hôtel particulier à Bordeaux. De même sa couleur d’origine : ocre et pigments naturels, est respectée.  Sa maison sera vendue au petit-fils de Jules Brulatour, né à Bordeaux en 1813 et lui aussi négociant, d’où le maintien de ces deux noms historiques  pour ce nouvel espace.

Quant au Chevalier de Pradel de Lamaze (1692-1764), ses descendants ont financé une salle qui lui est consacrée ainsi qu’à la période française : ce capitaine d’infanterie originaire d’Uzerche (Corrèze) vint en Louisiane en 1714 et fut un des fondateurs de la Nouvelle-Orléans où il s’établira comme colon jusqu’à la fin de ses jours dans sa plantation de Monplaisir, en face de Jackson Square (aujourd’hui disparue).  Il fut également commandant de Fort Chartres en Illinois en 1724 et au Fort Rosalie à Natchez (1731-1732).

 

Anne Marbot

 

 

(1) Dans les fouilles archéologiques, ils ont retrouvé :  des lés de papiers peints des différents occupants dont celui d’origine signé par la Manufacture Joseph Dufour à Paris et un puits qu’ils ont conservé dans le patio.

(THNOC)

Ils ont également restauré un orgue Aelian qui dispose d’une console manuelle et d’un mécanisme lui permettant de jouer automatiquement.

 

(2) Voir plus d’informations dans sa correspondance « Le Chevalier de Pradel : vie d’un colon français en Louisiane au XVIIIe siècle » d’après  sa correspondance et celle de sa famille.  Paris : Librairie orientale et américaine, 1928.

(3) Nous avons déjà consacré un article à Seignouret dans un précédent article. Rappel : François Seignouret est parti de Bordeaux en 1803 à bord du navire le « Franklin » pour la Nouvelle-Orléans où il devint célèbre dans le mobilier en bois exotique dit à « la Seignouret » et aussi dans le négoce du vin.  De retour à Bordeaux en 1839, il s’installe aux Chartrons où il acquiert un important patrimoine immobilier ainsi que des domaines viticoles sans oublier sa maison de négoce à Bordeaux.

https://www.aqaf.eu/2015/06/un-air-de-louisiane-au-pays-des-vins-de-bordeaux-1ere-partie/

 

Mots-clés

 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Commenter