A la suite de l’article du 13 février 2019 sur Les réfugiés acadiens en France et dans la perspective du congrès mondial acadien 2019, voici le premier des quatre articles consacrés aux quatre étapes principales du parcours des Acadiens en France (Saint-Malo, Belle-Ile-en-Mer, Poitou, Nantes)…

Tous ensemble à Saint-Malo

Plage du Bon-secours à Saint-Malo. En arrière plan à gauche, les remparts de Saint-Malo ; à droite Saint-Servan, aujourd’hui un quartier de Saint-Malo (auteur Rémi Jouan, licence CC BY-SA 3.0)

A partir de novembre 1758, la ville de Saint-Malo, la cité corsaire, et ses villages voisins, proches de l’estuaire de la Rance, ont joué un rôle majeur dans l’accueil des Acadiens réfugiés en France.

Certes, les réfugiés acadiens, provenant en majorité de l’ile Saint-Jean (actuelle Ile-du-Prince-Edouard), ont aussi débarqué dans plusieurs autres ports de l’Atlantique et de la Manche. Mais c’est à Saint-Malo et dans sa région qu’un regroupement principal s’est formé de près de 1800 personnes en août 1773, soit environ 70% du nombre d’Acadiens pensionnés par le gouvernement. Cependant, il n’existe aujourd’hui aucune évocation directe (ni plaque ni monument commémoratifs) du séjour des Acadiens dans la région, à l’exception d’une simple plaque de rue, qui pourrait presque passer inaperçu. Cette « Rue des Acadiens » à Saint-Malo ressemble à tant d’autres dans une ville presqu’entièrement reconstruite après la deuxième guerre mondiale, sans recéler la moindre trace de réfugiés acadiens. Faisons pourtant un effort de mémoire et revenons au début des années 1760…

Estuaire de la Rance, ici à Dinan, en regardant vers l’aval. Pleudihen se trouve plus en aval, sur la rive droite (auteur Luna04, licence CC BY-SA 3.0)

Après leur arrivée à Saint-Malo, les Acadiens s’étaient concentrés dans les villages de Saint-Servan (aujourd’hui un quartier de Saint-Malo, à 2 km de la rue des Acadiens), Saint-Enogat (aujourd’hui Dinard), Saint-Suliac et dans de nombreuses autres paroisses proches de Saint-Malo. En 1762, ils étaient déjà plus de 1100 et un an plus tard, ils accueillaient environ 375 de leurs compatriotes libérés des ports anglais où ils étaient retenus. Leur nombre continua d’augmenter jusqu’aux premiers départs vers le Poitou, en août 1773. Sans doute ce grand rassemblement était-il motivé par les regroupements familiaux et la volonté des Acadiens de s’organiser en communauté pour faire valoir leurs intérêts. En 1774, ce noyau principal migra pourtant en bloc vers le Poitou. Certaines familles choisirent de rester dans la région même si, parfois, il fallut un concours de circonstances. L’histoire du château de Quincoubre, près de Pleudihen, sur la rive droite de la Rance, est éloquente à cet égard…

En 1773, le châtelain de Quincoubre, René Bernard de Ponthaye, était très ami avec la famille de l’Acadien Basile Boudrot, installée à Pleudihen. Il appréciait particulièrement la personnalité d’Amant Boudrot, un fils de Basile âgé d’une vingtaine d’années, et voulait devenir son bienfaiteur. Quand la famille Boudrot partit pour le Poitou puis Nantes, il redoubla d’effort pour faire revenir Amant à son service et parfaire son éducation. Sa patience fut récompensée quand plusieurs années plus tard, Basile accepta son offre et ramena Amant à Pleudihen. A sa mort, en 1805, Ponthaye légua par testament à Amant Boudrot, resté son fidèle homme de maison, son château de Quincoubre et les trois quarts de sa fortune. La famille Boudrot conserva ses propriétés de Pleudihen jusqu’à leur vente en… 1883.

Jean-Marc Agator

Documentation de référence

Jean-François Mouhot ; « Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785, l’impossible réintégration » ; Presses Universitaires de Rennes, 2012.
Jean-Marie Fonteneau ; « Les Acadiens, citoyens de l’Atlantique » ; Rennes, Editions Ouest-France, 1996.

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