Avec 600.000 enrôlés,  61.000 militaires tués et 180.000 blessés *, le Canada qui était alors une colonie britannique comptant 8 millions d’individus a payé un  lourd tribut  à la Première guerre mondiale. C’est à partir du printemps 1919 que les différents régiments rentrèrent les uns après les autres dans un Canada fondamentalement transformé  économiquement, politiquement et socialement, et où la fracture entre Anglophones et Francophones  s’était élargie, mais qui s’acheminait dorénavant vers son indépendance.

Le rapatriement des militaires canadiens depuis l’Europe fut ressenti comme interminable par les soldats qui attendaient leur retour au pays avec impatience à l’issue de quatre  années de guerre. Un hiver particulièrement rude associé au manque de navires et à l’incapacité des ports et chemins de fer canadiens de faire face au rapatriement de 280.000 militaires et aux 54.000 épouses de guerre et enfants repoussèrent le retour des combattants au printemps. Il revenait aux autorités  de maintenir  le moral des troupes et la discipline militaire. Pour lutter contre l’ennui et juguler les  incidents graves qui se produisirent dans certains camps de démobilisation, l’armée canadienne offrit des programmes d’entrainements sportifs, des activités récréatives ainsi qu’un établissement d’enseignement, l’Université Khaki ** installée en 1917 dans le centre de l’Angleterre qui donna naissance à  une vingtaine de satellites dans les différents camps et hôpitaux du royaume accueillants des militaires canadiens.

Attente longue et  souvent difficile

On y donnait des cours de mécanique, de droit, de médecine, d’agriculture qui permirent  plus tard aux Canadiens démobilisés de reprendre des études.   Et pour maintenir la discipline et permettre un accueil par les différentes communautés, le principe du retour par unité fut privilégié.

Retour triomphal à Montréal

C’est ainsi qu’au début du printemps 1919 à Montréal arrivait le 42ème Royal Highlanders qui défila sous les arcs de triomphe  érigés dans les rues de la ville.

Les 18 et 19 mai ce fut au tour du 22 ème Bataillon, régiment des Canadiens-français créé en octobre 1914, de recevoir un accueil triomphal d’abord à Québec  en présence du Lieutenant gouverneur de la Province Charles Fitzpatrick, puis à Montréal. A  l’automne 1919, la quasi-totalité des combattants  avait été rapatriée. Ils réapprenaient à vivre dans un pays  où les femmes avaient acquis le droit de vote au niveau fédéral, où les syndicats réclamaient d’avantage de droits, où de nouveaux partis politiques étaient en émergence, où l’impôt sur le revenu avait fait son apparition et où l’économie était radicalement transformée en raison de la dette de près de 2 milliards de dollars qui résultait de la guerre.

Création d’un bataillon francophone

Si la plupart des historiens s’accorde à dire que le déclenchement de la guerre a fait l’unanimité dans la colonie britannique, il ne concernait que les 3000 hommes de l’armée régulière et les réservistes dont le nombre était estimé à 70.000. Et lorsque le premier contingent  de 32.000 hommes embarque pour l’Angleterre début octobre 1914, il est composé essentiellement de volontaires, 70% d’entre eux étant nés dans les iles britanniques et récemment immigrés au Canada. Dans leurs rangs, 1200 soldats canadiens-français mais aucun officier supérieur francophone.Au nom de l’unité nationale, et afin de motiver la population francophone à s’impliquer dans la guerre, le gouvernement fédéral accepte la création d’une unité canadienne-française. Le 22ème bataillon fait ainsi son entrée au sein de l’institution militaire canadienne le 21 octobre. Il a une double bataille à mener : la première contre l’ennemi allemand , la seconde pour obtenir la reconnaissance de ses pairs. Il part à l’entrainement, d’abord près de Montréal, puis en Nouvelle -Ecosse avant de s’embarquer pour l’Angleterre fin mai 1915. Il y rejoint les divisons anglophones. Durant l’été 1915, ce sont 150.000 soldats canadiens qui se battent aux côtés des alliés. Début 1916, ils seront 330.000 mais mal préparés à la guerre de tranchées, désavantagés par du matériel militaire qui laisse à désirer, ils subiront de lourdes pertes. Début 1916, le premier Ministre Borden promet à l’Angleterre l’envoi de 500.000 soldats supplémentaires, mais l’engouement du départ est tombé et comme  l’économie chancelante du début de la guerre s’est transformée en une économie florissante grâce  aux énormes exportations de céréales, de bois et de munitions, et que le chômage a fait place à des salaires élevés, il est plus avantageux de rester au pays que de subir les atrocités d’une guerre dont les Canadiens ont maintenant tous les échos.

Ypres, Vimy et Passchendaele

En avril 1915, les Canadiens  restés au pays ont appris l’hécatombe de la deuxième bataille d’Ypres où la 1ère Division du Canada  a perdu plus de 6.000 hommes.

Le lendemain de la bataille de Passchendaele (photo Frank Hurley)

L’année d’après,  c’est au tour de la 2ème Division de subir un important revers en Belgique  dans la petite localité de Saint Eloi, alors qu’elle vient de prendre la relève de soldats britanniques épuisés.En 12 jours, les pertes s’élèvent à 1300 hommes pour la 2ème Division. En juin, la bataille du Mont Sorrel décime plus de 9000 combattants de la 3ème Division. Quant au 22ème bataillon, en septembre 1916, il perd le tiers de ses hommes lors de l’attaque de Flers-Courcelette sur le front de la Somme avant  de s’illustrer avec trois autres divisons canadiennes à la bataille de Vimy en avril 1917. Elle a coûté 10.000 hommes dont dont 3500 sont morts. En octobre 1917, les combattants canadiens sont victorieux dans l’horrible bourbier du champ de bataille de Passchendaele. Bilan : 15654 soldats morts ou blessés.

Mémorial canadien de Vimy. Les noms de 11285 morts au combat y figurent.

Alors que le peuple canadien appuie massivement ses soldats en répondant favorablement aux campagnes d’emprunts de la Victoire pour financer la guerre***, le recrutement volontaire semble avoir atteint ses limites. En août 1917, le gouvernement canadien adopte la loi du Service militaire qui impose la conscription de tous les hommes âgés de 20 à 35 ans sauf exemption. Les Canadiens-français s’opposent farouchement à cette mesure, de même que beaucoup d’anglophones notamment chez les agriculteurs et les ouvriers qui ont peu de moyens d’expression.

A Québec, des émeutes  ont lieu lors la Semaine Sainte d’avril 1918 durant laquelle la foule, après avoir endommagé les organes favorables à la conscription, fera face aux troupes appelées en renfort par le maire de la ville. Pour autant, les soldats anglophones et francophones au coude à coude continuent de tenir sur les différents fronts en Europe et s’illustrent à la bataille d’Amiens. Entre août et novembre 1918, le corps expéditionnaire canadien ne connait aucun répit durant l’ultime offensive  souvent désignée sous le nom des « Cent jours du Canada » où un soldat canadien sur cinq tombe au cours de cette période dans les batailles d’Amiens, Arras et de la Ligne Hindenburg. Il livrera sa dernière bataille à Mons en Belgique jusqu’au jour même de l’Armistice.

En ce printemps 2019, ici en Europe, nous nous souvenons…

 

Claude Ader-Martin

 

*Source : Encyclopédie canadienne : Première Guerre mondiale. auteur : Desmond Morton

**Source : Musée Canadien de la Guerre. Ottawa

La dette de guerre avoisinera près de 2 milliards $ ( source : L’encyclopédie canadienne « Emprunts de la Victoire »

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