La tradition du Mardi Gras s’inscrit dans l’histoire louisianaise dès le 3 mars 1699.  En effet, cette année là,  l’explorateur montréalais Pierre Le Moyne, sieur d’Iberville, dénomme « Bayou Mardi Gras », une localité proche de la future Nouvelle-Orléans.  Sous le régime français, dès 1740, des bals masqués sont organisés à la Nouvelle-Orléans, puis interdits sous le gouvernement espagnol. La prohibition est maintenue lorsque la ville devient américaine en 1803.  Cependant, la population créole fait fi de cet interdit et renoue avec la tradition des bals masqués en 1823.

Quatre ans plus tard, le premier défilé du Mardi Gras est organisé et la tradition se poursuit depuis annuellement, entre le jour de l’Epiphanie et celui du Mardi Gras, prévu le 5 mars cette année.  Depuis 1872, la ville se pare des couleurs du Mardi Gras : le violet évoque la justice, le vert symbolise la foi et l’or, le pouvoir.

 

Tourisme et tradition urbaine

Aujourd’hui, le carnaval en Louisiane est devenu une attraction touristique majeure aux Etats-Unis, plusieurs millions de visiteurs pendant cette période.  Les Louisianais n’hésitent pas à prendre des congés pour vivre pleinement cet événement en famille ou avec les amis, surtout le jour de Mardi Gras.  Les festivaliers déambulent jour et nuit dans les rues de la ville, tous sont déguisés.  Il s’agit de la plus grande fête gratuite qui se déroule depuis plus de 190 ans avec de nombreuses variantes socioculturelles et folkloriques selon les communautés :

  • L’un des plus spectaculaires et inattendus est sans doute le « Mardi gras amérindien » où les Black Indians : des noirs se pavanent sur un rythme syncopé regroupés par tribu dans des costumes de plumes et de verroterie scintillante faits main.  Resurgissent ainsi les Tchoupitoulas, les Pocahontas, les Cherokees et autres tribus bigarrées des traditions amérindiennes et africaines (1).  Il se déroule dans le quartier de City Park près du Bayou St Jean.
  • Pour en savoir plus, documentaire avec Big Chief Montana et les Black Indians

 

  • En 8 semaines, plus de 80 villes de l’état célèbrent l’événement.  Le plus important est celui de la Nouvelle-Orléans et sa périphérie qui compte plus de 70 défilés. Chaque « Krew » (2) choisit un thème différent que ses chars allégoriques et déguisements illustreront.   Ainsi, le plus prestigieux : la Rex parade pour 2018,  fit un clin d’œil au tricentenaire de la Nouvelle-Orléans et à son origine française. En 2019, leur thème sera autour du soleil.

 

  • Un des premiers défilés qui ouvre la saison,  célèbre également la culture française : il s’agit de la parade de Jeanne D’Arc qui fait revivre la rencontre de la Pucelle d’Orléans sur son cheval blanc avec le roi Charles VII suivi d’une cour d’anges, joyeux menestrels et damoiselles… Son parcours dans le quartier français  est interrompu avec la bénédiction de l’épée dans la Cathédrale St Louis. En 2019, deux personnalités reconnues pour leur engagement culturel : Liz Williams et Alexandre Vidalou (3) sont mises à l’honneur en tant que roi et reine.

 

  • D’autres défilés comme les parades de Bacchus, ou du Bouchon « Cork » ou Dionysos rappellent l’attachement des néo-orléanais à un certain d’art de vivre entre gastronomie et vins, plaisirs et extravagance.  Dans la ville de la Big easy, tout le monde se déguise et toutes les parades sont permises : des plus excentriques comme celle de Barkus avec ses chiens déguisés, à celles  plus traditionnelles de  Comus, Orpheus, Babylone, Endymion … ou encore les populaires Zulus. Une parade compte en moyenne de 30 à 200  chars pour la plus prestigieuse comme la Rex Parade qui compte l’élite économique de la ville.
  • Rex Parade

  • La plupart des cortèges défilent dans les rues du Quartier français, Canal Street et Saint-Charles avenue.  Elles sont toutes accompagnées de l’essence même de Nola : la musique jazz avec ses « marching bands » et ses fanfares parmi les meilleures du pays.   Le Mardi Gras de Lafayette est le 2e en importance avec son lot de défilés qui rappellent son ancrage à l’histoire de France : celles du roi et de la reine, ou encore Bonaparte.

 

Tourisme et tradition rurale

Quant aux cadiens, ils perpétuent la tradition du « courir de mardi gras » dont l’origine trouve ses racines dans la fête de la quémande célébrée en France au Moyen Age.   Les cadiens  la fêtent sous forme d’un cortège dans la campagne et les villages autour de Lafayette-Opelousas- Ville Platte : celui de Tee-Mamou est le plus ancien et le plus couru (4).  Cette année, il est prévu le 5 mars.

Les festivités commencent la veille, le lundi, avec un « Fais do-do », des danses dans les rues du village qui réchauffent les pieds et les esprits et très vite la bière coule déjà.  Les participants mettent la dernière touche à leurs costumes faits maison comme le capuchon (chapeau conique d’origine médiévale pour tourner en dérision aussi bien l’église que la noblesse) et autres accessoires colorés.

Le jour même, dès 7 heures, on peut assister au départ à pied ou à cheval, des participants masqués et en costumes cousus mains.  Ils entonnent de vieilles mélodies françaises et vont de maison en maison pour quémander  de l’argent ou les ingrédients  pour faire le plat emblématique de Louisiane : le gumbo … Puis dans le champ ils lâchent un poulet … qu’il faut ensuite rattraper.  La fête se poursuit toute la journée au son des orchestres cadiens et vous pouvez suivre ces joyeux lurons  dans la campagne ou les attendre au village pour un retour prévu vers 15 heures avant de partager le traditionnel gumbo et danser aux sons des musiques du Fais dodo en soirée.

Video de la tradition acadienne

 

Que ce soit à la campagne ou à la ville, le jour du Mardi Gras, tout est permis.  Toutes les festivités seront interrompues à minuit pour laisser place au Mercredi des Cendres ou le début du Carême, une tradition religieuse bien ancrée dans la communauté francophone et catholique de Louisiane.

 

Anne Marbot

 

Une des chansons de Mardi-Gras:

  • Les Mardi Gras vient de tout partout, tout le tour du moyeu.
  • Vient une fois par an pour demander la charité.
  • Une vieille patate, une patate et des gratons.
  • Les Mardi Gras vient de tout partout, tout le tour du moyeu.
  • Vient une fois par an pour demander la charité.
  • Une vieille patate, une patate et des gratons.
  • Capitaine, capitaine voyage ton flag, tout le tour du moyeu.
  • Une fois par an pour demander la charité.
  • Et des patates, des patates et des gratons.

(1)Le Mardi gras indien a débuté au cours du 19e siècle.  La tradition veut que les minorités de Louisiane, les Amérindiens et les Afro-Américains étaient très proches et se retrouvaient pour contourner la ségrégation raciale à l’époque.  Il regroupe aujourd’hui 38 tribus qui organisent leur fête autour du 19 mars (dimanche proche de la St Joseph).

Chaque indien prépare toute l’année son costume fait main de perles et de plumes avec sa famille et ses amis. Il peut peser jusqu’à 70 kgs.  Pour en savoir plus, nous vous recommandons l’excellent documentaire sur les « Black Indians » avec Big Chief Montana ou la série TV « Treme » qui présente les préparatifs de ce grand moment ainsi que le rôle social  d’intégration pour la communauté noire.

(2) ) Krew vient de crew = équipe, ou club sans but lucratif, souvent associé à des activités caritatives.  Le Krew défile avec, à sa tête, un capitaine  à cheval suivi de ses officiers, puis du roi et de la reine, accompagnés parfois de ducs et toujours des jeunes filles dans les chars sur lesquels les membres costumés ont pris place.  Et là, commence le lancer de bonbons, de colliers de perles ou de doublons (pièces d’or) … Défileront ensuite des groupes de musique, des danseurs, des clowns ou amuseurs publics… soit plus ou moins 3000 participants pour les plus importants

(3) Liz Williams est directrice du musée des gastronomies du Sud-SoFab et Alexandre Vidalou est président de l’Alliance Française à la Nouvelle-Orléans.

 

 

 

 

 

Alessia Fortier en Jeanne d’Arc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • En dehors de la période de Mardi Gras, vous pouvez découvrir l’histoire et l’importance du carnaval dans la vie néo-orléanaise, les costumes et les décors  à
  • http://www.themardigrasmuseum.com

ou la collection privée de la propriétaire du restaurant Arnaud d’origine béarnaise: les Cazenave à

https://www.arnaudsrestaurant.com/about/mardi-gras-museum/

ou les chars à

https://www.neworleans.com/listing/mardi-gras-world/68/

ou les somptueuses tenues des Black Indians à

http://www.backstreetmuseum.org

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