Reconstitution du poste de traite de La Charrette, 1804 (source Waymarking.com)

Au moment de l’achat de la Louisiane à la France par les Etats-Unis, en 1803, l’ancien village de La Charrette était le dernier village de colons rencontré en remontant le Missouri. Etabli par des traiteurs de fourrures canadiens-français à la fin du 18e siècle, il était situé le long du ruisseau Charrette Creek, un affluent de la rive gauche du Missouri. Les habitants de ce petit village francophone multiethnique étaient accueillants mais pauvres et leur village fut progressivement abandonné au profit de l’actuelle ville de Marthasville (Missouri) fondée en 1817 à proximité immédiate.

Et pourtant, dans la première décennie du 19e siècle, La Charrette joua un rôle important, aujourd’hui mieux connu, au carrefour des explorations de l’Ouest américain. Pour l’illustrer, voici deux épisodes clés de l’histoire américaine…  

Au carrefour des explorations de l’Ouest américain

En 1803, le président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, missionna le capitaine Meriwether Lewis pour explorer la rivière Missouri jusqu’à l’océan Pacifique. Le capitaine Lewis s’associa ensuite au capitaine William Clark, mais leur expédition ne partit de Saint-Louis que le 14 mai 1804. Pourquoi avoir autant tardé ? Les Etats-Unis avaient pris possession de la Louisiane française le 20 décembre 1803 à La Nouvelle-Orléans. Mais ils avaient dû attendre la cérémonie symbolique des 8 et 9 mars 1804 à Saint-Louis, alors capitale de la Haute-Louisiane, pour que le transfert de souveraineté soit complet. Les capitaines Lewis et Clark avaient assisté à la cérémonie, impatients de partir à l’aventure…

Panneau commémorant le passage de Lewis et Clark à La Charrette, 1804 (source Waymarking.com)

Le 25 mai 1804, l’expédition Lewis et Clark fit une étape à l’embouchure du ruisseau Charrette Creek. Le village de La Charrette donna aux deux explorateurs des informations précieuses sur l’amont du haut Missouri qu’ils n’avaient pas pu obtenir à Saint-Louis. Lewis et Clark connaissaient déjà l’existence de La Charrette, grâce aux récits de voyage dans la région du traiteur de fourrures canadien Jean-Baptiste Trudeau. En 1795, lors d’un voyage de traite, Trudeau avait d’ailleurs perdu l’un de ses hommes, Joseph Chorette, qui s’était noyé dans le Missouri au même endroit. C’était probablement depuis cette date que le ruisseau portait en réalité le nom du malheureux Chorette (Chorette’s Creek). Parmi les familles fondatrices du village se trouvaient Paul et Jean-Marie Cardinal, deux fils métis du traiteur de fourrures Jean-Marie Cardinal et de sa femme amérindienne Angélique. Ils avaient sans doute déjà aussi une bonne connaissance des routes du commerce vers le Nouveau-Mexique espagnol…

La piste de Santa Fé (oeuvre de Wayne Cooper)

Le 15 juillet 1806, sur l’ordre du gouverneur du territoire de la Louisiane, le capitaine Zebulon Pike commença une expédition exploratoire vers le Sud-Ouest du territoire, jusqu’aux montagnes rocheuses. Quand il séjourna à La Charrette les 21 et 22 juillet 1806, à la tête de son expédition, il esquissa la toute première carte de la piste de Santa Fé (Nouveau-Mexique). Il est probable que les deux fils Cardinal et leur ami José Tebeau lui fournirent les indications nécessaires. La Charrette fut sans doute ainsi le village aux confins de la Louisiane qui fournit à Pike les informations utilisées en 1821 par les Américains lors de leur première expédition sur la piste de Santa Fé.

Jean-Marc Agator

Documentation

Lowell Schake, Celebrating a « precious memento » at La Charrette, Wagon Tracks, Santa Fe Trail Association, Volume 18, Number 1, November 2003.
Marthasville’s Amazing Early History, Marthasville Area Chamber of Commerce, Missouri (site consulté le 18 novembre 2018).
Gilles Havard, Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française, « Bonaparte… ou trois semaines de souveraineté française », pages 701-719, Flammarion, Edition revue 2014.

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