Si la plage était un peu déserte-encore que quelques baigneurs attardés profitaient d’une arrière saison au parfum  de fin d’été-la petite ville landaise de Biscarosse se donnait, en cet avant dernier week-end d’octobre, des allures de capitale française du cinéma québécois, ce qu’elle est, de facto**. Résultat de l’enthousiasme et de la volonté d’une poignée de bénévoles, le Festival du film québécois des grands lacs offrait  à voir pour la troisième année une sélection d’une trentaine de longs métrages, de documentaires et de courts métrages. Il rendait par ailleurs hommage à Jean-Claude Labrecque, figure marquante du cinéma québécois. Autour du festival,  une exposition de photos sur Montréal réalisée par le tandem franco-québécois Ange Perez et Denis Morinville,

Avec l’aimable permission de Denis Morinville

une expérience de réalité virtuelle inspirée par un spectacle du Cirque du Soleil, une conférence sur la spécificité du Québec  dans la francophonie canadienne donnée par l’AQAF, la présentation du livre Bordeaux-Québec, regards croisés de Claude Ader-Martin & Philippe Roy ainsi qu’une  belle cerise sur le sundae comme on dit au Québec, la présence d’Eric Plamondon venu présenter  Takawan, son dernier livre.

Culture francophone prégnante

L’auteur québécois a le franc-parler propre aux Nord-américains et l’élégance de celui qui ne joue pas les vedettes. Son auditoire l’intéresse autant qu’il intéresse ceux qui sont venus l’écouter. Il raconte comment le regard qu’il porte sur son pays a changé depuis qu’il vit à Bordeaux et pourquoi son « road trip » en Gaspésie en 2012 a été à l’origine de Takawan.  » En arrivant dans la Réserve de la Ristigouche, je me suis rendu compte qu’au delà de ce que peut représenter la vie sur une réserve, la plus grande violence qu’on a faite aux Améridiens, c’est qu’on les a effacés. Je n’aurais jamais écrit ce livre si je n’avais pas été en France ». Du soulèvement des autochtones de 1981 au sujet des droits de pêche au saumon, il fait un parallèle  historique avec la dernière bataille de la guerre de 7 ans qui mit fin à l’hégémonie française au Canada, bataille qui s’est déroulée également à l’embouchure de la rivière Ristigouche *** : En 1760, Français et Anglais, les futurs vainqueurs, réglaient une partie de leurs conflits sur le sol québécois. En 1981, les autochtones qui sont sous gouvernance fédérale  ont fait face aux représentants de l’ordre du Québec qui rêvait alors d’indépendance au point de refuser l’année d’après, de ratifier la Constitution canadienne. » Depuis une quinzaine d’années, la parole émerge partout au Canada sur la situation des Améridiens. Mon livre s’inscrit dans cette mouvance » explique-t-il. Cela dit, il ne revendique pour son livre de n’être ni un manifeste politique, ni une revendication sociale.  » Le roman est un des rares endroits où peuvent cohabiter tous les points de vue », souligne-t -il. Les quatre personnages principaux de Takawan représentent effectivement des opinions divergentes.

De sa vie en France il parle peu sinon pour dire que paradoxalement, elle le rapproche sans cesse de ses racines. « Il y a moins de différence entre Montréal et Bordeaux qu’entre Montréal et Toronto. Lorsque je suis arrivé là bas pour mes études, j’ai senti combien  ma culture francophone était prégnante.  Et il a fallu que je vive en France pour me rendre compte  que  j’étais américain.   Maintenant, ça y est, je suis décomplexé ». Et de confier qu’il écrit beaucoup et qu’il jette aussi énormément, qu’un « prix littéraire c’est important, surtout si ça vient avec l’argent ».

Les Rois Mongols et Tadoussac

A la fin du week end, les dés étaient jetés : le public a plébiscité Les rois mongols de Luc Picard et Crème de menthe de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné dans les catégories long et court métrage.

Les Rois Mongols

Le prix du jury a été accordé au long métrage de Pascal Plante Les faux tatouages ainsi qu’à Palissade, court métrage d’Alexis Fortier Gauthier.

Les faux tatouages 

Une mention spéciale du jury a été accordée au film de Martin Laroche Tadoussac. Dans la compétition Documentaire, la palme du jury a été attribuée à Bagages de Paul Tom et Melissa Lefebvre, celle du public à Une caméra pour mémoire de Michel La Veaux. Autant de thèmes traitant de la filiation, de l’identité et du devenir.

Claude Ader-Martin

 

* le pastis landais est une sorte de brioche parfumée à l’anis

**Il existe par ailleurs un Festival du film canadien à Dieppe, mais Biscarosse ( population 14.000 habitants) dans les Landes s’offre l’originalité d’un festival estampillé Québec..

***Après la chute de Québec lors de la Bataille des plaines d’Abraham en 1759, la France envoie une flottille  de la dernière chance depuis Bordeaux en avril 1760. Poursuivie par la marine anglaise dans le golfe du Saint Laurent, la flotte amoindrie se réfugie au fond de la baie des Chaleurs à l’entrée de la rivière Ristigouche où elle est contrainte de se saborder. Deux cents ans plus tard, les restes de la frégate Le Machault  sont sortis de la vase et conservés dans un musée » Le lieu historique national de la Bataille de la Ristigouche ».

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