Il y a quatre ans, une Vendéenne, Marie-France Bertaud a  entamé l’écriture d’un roman, l’histoire d’une jeune vendéenne  habitant dans une bourrine*  dans les années 1920. Elle a imaginé de faire partir son héroïne Louise au Canada, pour des raisons que l’on découvre dans le livre et situe son récit au Manitoba. Elle nous dévoile ici son cheminement pour découvrir elle-même ce qu’était le Manitoba du début du 20ème siècle afin de donner à son histoire des accents d’authenticité.

Aide providentielle des Manitobains francophones

« Par quoi commencer, dans quel village situer l’histoire ? Les premières difficultés ont commencé quand il s’est agi de trouver des informations sur l’immigration au Manitoba au début du XXème siècle….Je n’arrivais pas à imaginer comment étaient faits les villages des premiers colons français en ce début de siècle, je ne me représentais pas les paysages, les habitants…. Etc… J’ai cherché, zappé de site en site sur internet, creusé, pour finalement tomber sur la page de l’office du tourisme de Saint-Claude, petite ville francophone du Manitoba. Alléluia ! Ils proposaient à la vente un ouvrage intitulé : « Saint-Claude en photos, du début du siècle à nos jours ». C’était exactement ce qu’il me fallait.

Je les ai donc contactés et de fil en aiguille j’ai été mise en relation avec Monseigneur Bazin, un prêtre de Saint-Claude à la retraite, à l’origine de cet ouvrage ainsi que d’autres. Nous avons jasé par téléphone et par courriel, j’ai passé commande et Mgr Bazin m’a posté plusieurs livres, tous absolument passionnants, ainsi qu’une grande carte routière du pays. Fabuleux ! Je n’ai pas été déçue, j’ai trouvé sur ces livres des kyrielles de photos depuis la création du village de Saint-Claude par les premiers colons jusqu’à aujourd’hui : photos des écoles, églises, artisans, grands magasins, fermes…

Parallèlement à mes échanges avec Mgr Bazin, je me suis trouvée aussi en contact avec Madame Jacqueline Blay, une historienne manitobaine, qui a longtemps travaillé à Radio Manitoba et auteure de livres retraçant l’histoire du Manitoba jusqu’à nos jours. Elle m’a proposé de me relire, au fur et à mesure de mes travaux d’écriture, et de me corriger.

C’était parti ! Avec Monseigneur Bazin et Jacqueline Blay, autant vous dire que j’avais en mains toutes les cartes. Il ne faut pas que j’oublie Jacqueline Colleu, une auteure française, professeur d’histoire et passionnée d’immigration au Canada. Une de ses thèses sur les femmes ayant marqué le Manitoba, thèse retrouvée sur internet, m’a été aussi très utile, d’autant que nous avons pu échanger et nous rencontrer.

Je me suis littéralement passionnée pour cette province francophone. J’ai appris l’histoire de la Colonie de la Rivière-Rouge, avant qu’elle ne devienne Manitoba, en entrant dans le giron du Royaume-Uni ; j’ai foulé ses grandes plaines ou la prairie, comme ils disent, découvert des villages aux noms charmants et très évocateurs de leur origine, comme Notre-Dame-de-Lourdes, Saint-Pierre-Jolys, Saint-Vital, Saint-Norbert, Saint-Boniface… ; J’ai parcouru, avec les Sœurs grises et les grands voyageurs, la Rivière-Rouge et la Rivière Assiniboine, découvert des personnages emblématiques du pays comme Louis Riel, fondateur de la province du Manitoba, adulé par la communauté métisse dont il était lui-même originaire.

J’ai suivi le combat de ces premiers franco-manitobains pour conserver la langue française, à une période où le gouvernement fédéral avait imposé l’enseignement obligatoire en Anglais (la loi Thornton), le Français ne devant être enseigné qu’en dehors des heures légales de cours. L’enseignement de la langue française est alors devenu clandestin ; les familles, les enseignants, l’église catholique, tous se sont mobilisés. Ainsi est née l’Association d’éducation des Canadiens-Français du Manitoba, en réaction à cette loi. Illégalement, les instituteurs ont continué à enseigner en Français. Dès qu’un inspecteur passait dans les classes, les livres et cahiers de Français étaient cachés et immédiatement les élèves ressortaient ceux en Anglais. Il y avait toujours un ou une bonne élève pour chanter quelques chansons anglaises, ce qui comblait d’aise l’inspecteur, ainsi que cela m’a été répété par Mgr Bazin. Pour Jacqueline Blay, c’était un secret de pacotille, c’est d’ailleurs ce qu’elle affirme en titre de chapitre dans un de ses livres. Le gouvernement fermait les yeux.

Contexte de réalité historique

Une autre de mes difficultés rencontrées fut de donner une « couleur locale » au roman, par le vocabulaire. J’aurais aimé émailler le récit de petits mots colorés, expressions imagées, cocasses ainsi que d’anecdotes. J’ai trouvé quelques informations de ce type auprès de Mgr Bazin et de sa sœur, Lucille, comme par exemple les bécosses. Il est joli ce mot, vous ne trouvez pas ? Mais savez-vous ce qu’il désigne ? Eh bien, tout simplement les wc, ou plutôt à cette époque la cabane en bois au fond du jardin ! Bécosse est dérivé du mot anglais backhouse, mais avouez que sa version francophone sonne plus joliment à l’oreille.

Je me suis également orientée vers le dictionnaire des vieux canadianismes français, trouvé sur internet, sur la suggestion de Jacqueline Blay, afin de coller à une façon de parler qui tirait ses origines à cette période-là des différentes communautés venant de France : Poitou, Bretagne, Jura…

Pour en terminer avec le vocabulaire, j’ai aussi appréhendé le Métchif, la langue des Métis, au travers de Tobie, un des personnage-clé de l’histoire.

Que vous dire d’autre ? Ah si ! J’ai bu avec ces premiers colons de la racinette ou du vin de pissenlit, des boissons de tempérance ; dégusté avec Louise, Rose la petite fille et Juliette la fidèle amie de Charente, les héroïnes du roman, de la confiture de poirettes, des tourtières au lard, des galettes bannock ou de la soupe sagamité ; j’ai aussi parcouru les pages du journal la Liberté, 1erjournal francophone du Manitoba qui a fêté ses cent ans en 2013 ; participé aux veillées de village avec le violoneux et appris les danses câllées. J’ai trotté sur les grands boulevards, comme la très large Avenue du Portage, construite de manière à ce que quatre charrettes puissent rouler côte à côte, ou arpenté le pont Provencher, qui sépare Winnipeg, l’anglophone, de Saint-Boniface la francophone, je me suis perdue dans les grands magasins comme Eaton  ou celui de la Baie d’Hudson, tous deux à Winnipeg ; et je me suis divertie avec la troupe Le cercle Molière, troupe de théâtre qui parcourait les villages francophones pour jouer des pièces classiques et ainsi œuvrer à maintenir la langue française. Pour info elle existe toujours et est très renommée par la qualité de ses spectacles ». 

Marie-France Bertaud

Marie-France Bertaud  souhaite citer  les sources qui lui ont  été particulièrement utiles pour sa trilogie publiée en un seul tome chez France Loisirs sous le titre « Les Amants de la Rivière Rouge « :

La migration des Vendéens vers le Canada, par Jacqueline Colleu. PDF sur Internet

Les archives du journal La liberté : fabuleuses archives numérisées du journal La liberté, semaine par semaine, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Autant vous dire que j’y ai trouvé mon bonheur.

Le Musée canadien de l’immigration du quai 21 – www.quai21.ca

Au pays de Riel, Centre du Patrimoine – http://shsb.mb.ca/

Jacqueline Blay – Histoire du Manitoba français aux Editions des Plaines.

Comité du tourisme & du marketing de Saint-Claude – 1/  Album Saint-Claude – 100 ans de photos – A century of photos, Manitoba – 2/ Un coup d’œil sur le passé : 1892 – 2000, Saint-Claude, Manitoba

Monseigneur Roger Bazin – Les petits cahiers du père Joseph, Tech-Création, Notre-Dame-de-Lourdes, Manitoba

 

*habitation traditionnelle du marais vendéen construite en terre, eau et paille, recouverte d’un toit de roseaux (NDLR)

 

 

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