Un chef de tribu inattendu.

Saint-Charles, Missouri, vers 1840

Saint-Charles est une ville du Missouri située sur la rive gauche de la rivière Missouri, au nord-ouest de Saint-Louis. Au moment de l’achat de la Louisiane occidentale par les Etats-Unis, en 1803, le village de Saint-Charles était nommé « San Carlos del Missouri ». Les autorités espagnoles avaient voulu ainsi honorer Saint Charles Borromée, archevêque de Milan et cardinal du 16e siècle. Et pourtant, la population était en majorité canadienne-française, depuis la fondation du village vers 1769, quand celui-ci était connu sous le nom français de « Les Petites Côtes ». Voici l’origine française de ce nom, marquée par une rencontre inattendue avec un chef de tribu vraiment étonnant…

Le fondateur de Saint-Charles

Site de la maison de Louis Blanchette, Saint-Charles, Missouri

Le fondateur de Saint-Charles était un chasseur et aventurier canadien-français, Louis Blanchette, que les Amérindiens surnommaient « Le Chasseur ». En 1769, il construisit sa maison et un poste de traite sur la rive gauche de la rivière Missouri, au pied de collines en pente douce, à une hauteur suffisante pour éviter les inondations de la rivière. Louis Blanchette et sa femme pawnee (ou peut-être osage) étaient les premiers colons d’un village qui se forma autour d’eux, connu sous le nom de « Les Petites Côtes ». Louis « Le Chasseur » fut sans doute le premier gouverneur civil et militaire de la région, pour le compte des autorités espagnoles. Mais revenons à l’origine du nom français du village (« Les Petites Côtes »). Peut-être s’agit-il d’une histoire un peu romancée, mais elle vaut vraiment le détour…

On raconte que quatre ans plus tôt, en 1765, Louis Blanchette remontait le Missouri en canot avec trois compagnons de voyage, à la recherche d’un lieu approprié pour établir une colonie. Un après-midi d’octobre, au coucher du soleil, il aperçut plusieurs collines sur sa droite et, depuis l’une d’entre elles, une colonne de fumée provenant sans doute d’un campement amérindien. Avec toute l’intrépidité et la curiosité qui le caractérisait, il choisit d’aller seul et armé, mais de façon amicale, à la rencontre de ces Amérindiens pour connaître leur motivation…

Un chef de tribu inattendu

Il s’agissait d’une bande de Sioux dakotas sur le sentier de la guerre, éloignés de leur tribu, portant à leur ceinture des scalps tout frais de leurs ennemis. Louis Blanchette pouvait donc craindre le pire, mais il choisit de s’adresser paisiblement, dans une langue autochtone, à celui qui semblait être leur chef, un vieil homme qui venait à sa rencontre avec un sourire rassurant. Et à ce moment, l’incroyable se produisit. Le vieux chef sioux parlait français. Il était de Marseille et s’appelait Bernard Guillet !

Bernard Guillet ?

Bernard Guillet raconta à Louis Blanchette sa vie aventureuse de traiteur de fourrures et de chasseur, au sud du lac Ontario, au contact des tribus amérindiennes dont il apprit leurs langues. Guillet épousa à la façon du pays l’une des filles d’un chef seneca (iroquois de l’ouest) et devint un guerrier seneca réputé. Après la mort de sa femme en couches, il reprit une vie aventureuse de trappeur solitaire en cheminant vers l’ouest sauvage. Il finit par construire une cabane et s’installer au bord du Missouri, précisément à l’endroit où se trouvaient les petites collines de la rive gauche. La vie était dure mais le castor abondant…

Un jour il surprit un Sioux dakota qui lui volait un castor pris au piège et le tua d’un coup de fusil. En guise de représailles, une bande de Sioux brûlèrent sa cabane et le capturèrent pour l’emmener dans leur village. Ses jours étaient comptés…Au moment où il était torturé et allait périr d’une mort atroce sur le bûcher, une femme le réclama comme son nouveau mari, ce que personne ne lui contesta. Il faut croire que son courage avait convaincu les Sioux qui l’adoptèrent comme l’un des leurs. Bernard Guillet devint même leur chef. Il avait nommé cet endroit où il avait vécu « Les petites côtes », en raison des pentes douces des collines environnantes.

Louis Blanchette décida de revenir vite dans ce lieu si joliment nommé pour y fonder une colonie. Cette histoire est-elle plus une fiction que la réalité ? Peu importe, au fond…

A la mémoire de Louis « Le Chasseur »

Fête des Petites Côtes, Saint-Charles

Quand le village de « San Carlos del Missouri » devint américain, son nom fut naturellement américanisé en « Saint Charles » ou « St. Charles ». Aujourd’hui, les habitants de Saint-Charles honorent chaque année, depuis 1971, la mémoire de la fondation de la ville par Louis Blanchette « Le Chasseur » à travers la « Fête des Petites Côtes » (Festival of The Little Hills), festival majeur du Midwest consacré aux métiers d’arts. C’est d’ailleurs lors du bicentenaire de sa fondation, en 1969, que la ville avait décidé de créer un événement annuel célébrant son intrépide fondateur canadien-français.

Jean-Marc Agator

Documentation

The State Historical Society of Missouri, St. Charles County Place Names, site consulté le 8 juillet 2018.
St. Charles County History, Louis Blanchette and his « Les Petites Côtes », site consulté le 8 juillet 2018.
History of St. Charles County, Missouri, Chapter I « The Pioneers of the County », pp. 87-94, National Historical Company, 1885, St. Louis.
St. Charles Bicentennial, City News, Volume 23, Issue 3, Fall 2009, St. Charles.

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