Situé à Escalans près de Gabarret, cet imposant château gascon du XVIe siècle réserve bien des surprises quant aux célèbres propriétaires qui l’ont habité (voir précédent article Si Caumale m’était conté ) .

 

 

Le  grand chêne de Caumale de plus de 500 ans, amputé de ses deux branches basses par des boulets et l’allée cavalière de charmilles  témoignent avec le château de ces nombreux allers et retours connectés avec l’histoire de France:  des batailles et des pillages, mais aussi des alliances et le commerce avec les Caraïbes.

 

Une histoire singulière

Des piliers du chais d’origine gallo-romaine, de mystérieux souterrains à redécouvrir, des tours basses du XIIe siècle, d’autres du XVe …. autant d’éléments qui viennent accréditer la thèse selon laquelle cette demeure fut sans doute non seulement un château royal sous Aliénor d’Aquitaine avant de passer dans les mains de la famille d’Albret, mais aussi un château de défense pendant les guerres de Cent ans et de religions comme en témoignent les nombreuses meurtrières sur le mur d’enceinte nord.

Du XVIe au XVIIIe, les propriétaires sont des maîtres verriers de confession protestante : les Grenier de Caumale.  Ils feront souche avec les familles locales.  Ainsi dans l’oratoire du château, est célébré en 1744, le mariage de deux soeurs avec un Boyrie et le seigneur de Buros.  La famille compte aussi une branche partie pour l’Acadie.

En 1820, cette propriété de 1800 ha est vendue à des planteurs réfugiés de Saint-Domingue : les Delisle-Duverger.  De condition modeste, Joseph Bernard Delisle était parti comme « esclave blanc » à St Domingue, son travail et ses compétences sont vite reconnues surtout dans les situations difficiles comme par exemple, transformer des mornes en champs de café.

Il devient rapidement fermier puis régisseur de plantation avant d’épouser Pauline Duverger, héritière de plantation  et issue d’une grande famille de coloniaux : les Duverger originaires de Bordeaux (sur la cheminée,  le double caducée avec ailes, symbole familial du commerce).  Leur histoire familiale se déroule entre St Domingue, Philadelphie, Cuba, la Louisiane et Caumale.

 

Le vieux chêne de Caumale a vu passer des centaines de caisses chargées de denrées coloniales : café, cacao, sucre, indigo et également singes et perroquets … mais aussi des noirs d’Amérique et du Congo, des visiteurs célèbres comme Rochambeau ou le fils de l’Amiral de Grasse, Vilmorin, les Casamayor … dans le sillage de cette famille alliée aux aléas de l’histoire de France.  La route départementale fut offerte par la famille en 1830 pour effacer le passé esclavagiste de la famille.  La famille participera également à la restauration de l’église romane d’Escalans.  Leurs descendants se partageront entre Paris et le Garbardan,  jusqu’au moment de la vente du domaine au marquis Henri de Cumont qui mit tout le mobilier et les milliers d’objets d’art en vrac dans une maison de ville à Gabarret.

La découverte de la culture Caraïbes

Aujourd’hui, les propriétaires actuels : Geneviève et Pierre Fabre, globe trotters et jeunes retraités, ouvrent leur château et leur jardin colonial au grand public pour faire revivre l’histoire singulière de ce joyau créole avec les meilleurs spécialistes nationaux.

Dès l’entrée, le jardin à la créole offre aux visiteurs un bel échantillon de plantes tinctoriales présentes dans les colonies ainsi qu’une large palette de couleurs naturelles obtenues à partir de la camomille des teinturiers, la vergerette du Canada,  la garance, le pastel …. et surtout l’indigotier, couleur phare de Caumale et dont le visiteur peut apprécier la gamme des nuances dans les tentures et tapisseries du château.

 

Dans la cour, le grand cuvier de teinture où l’on fabrique l’encre végétale de Caumale

 

A l’intérieur du château, chaque pièce a retrouvé son décor d’origine et ses meubles grâce à un précieux inventaire qui décrit avec exactitude le contenu et les décorations contenues dans chaque chambre et salle de réception.

Au 1er étage, une grande galerie de 19 mètres dessert quatre grandes chambres avec antichambres et chambres de négrites (petites filles noires de moins de douze ans, au service de maison), ces enfants dormaient dans des hamacs accompagnés d’une cuisinière arrivée de Cuba, Jeanne la Sourde.

Elle compte également la chambre dite de Rochambeau dans un style consulaire avec les armoiries du Général ainsi que les signes maçonniques de la loge écossaise auxquels appartenaient de nombreux colons de St Domingue.

La chambre de Pauline est particulièrement intéressante car les fresques retrouvées sont d’époque et ont gardé toute leur fraîcheur.  Elle a utilisé de la chaux teintée de pigments naturels.  La chambre située au sud, est décorée de damas bleu allégé de mousseline blanche et de toile de Jouy.  Elle possède un secrétaire XVIIIe en acajou marqueté de bois de violette.

 

 

 

Dans le passage menant à l’oratoire, reprise sur les murs de fresques de Barracoa à Cuba orangées à bandeaux coloniaux ainsi que de délicats motifs floraux.

 

Toutes les pièces du château réservent des surprises et regorgent de meubles réalisés par les plus grands noms du XIXe, des milliers d’objets précieux : des porcelaines de Chine, des tableaux, des services par les meilleurs porcelainiers,  une beau trésor d’histoire de l’art pour les amateurs et spécialistes d’Arts décoratifs.

Il reste encore beaucoup à découvrir sur la vie des Delisle Duverger et les archives n’ont pas révélé tous leurs secrets, notamment l’importance de leur passage ou présence en Louisiane.

Pour les adhérents de l’association Aquitaine Québec Amérique du Nord Francophone, ce fut une agréable découverte et une belle rencontre avec Geneviève et Pierre, précieux partenaires de la Francophonie des Amériques.  Nous les en remercions.

Anne Marbot

 

Renseignements pratiques : 

Le château est ouvert à la visite sur rendez-vous, et ses chais sont régulièrement loués pour toute manifestation culturelle ou mariage.  Un gîte de 22 personnes est également disponible.  Pour tout renseignement, contactez les propriétaires à : chateaudecaumale@hotmail.fr

site web : www.chateaudecaumale.fr

Tél : 05 58 75 45 87 ou 07 71 14 11 59

 

 

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