Jumelles depuis plus de 50 ans, les deux villes de Québec et Bordeaux n’avaient pas encore fait l’objet d’un évocation de leur histoire commune auprès du grand public. Cet oubli vient d’être réparé avec la publication d’un dépliant  destiné aux touristes québécois en visite dans notre ville réalisé conjointement par l’association Aquitaine Québec & Amérique du nord Francophone  et lOffice de tourisme de Bordeaux

Hommes de science, hommes de Dieu et hommes d’argent

Le dépliant propose un parcours pédestre démarrant à la Basilique Saint-Seurin de Bordeaux qui abrite dans sa chapelle Notre dame de Bonne-Nouvelle une Vierge de dévotion qui accueillait au 17ème siècle les prières des marins bordelais en partance pour le Nouveau Monde. Au fil du parcours est évoquée la construction à partir de 1608 -date de la fondation de Québec- de l’hôtel particulier de Laubardemont, propriété de Mathieu Martin, homme de confiance d’Henri IV dont la tête sculptée orne la façade. Québécois et Bordelais ne sauraient oublier Joseph-François Lafitau né ici en 1681 dans une famille de banquiers, qui entra au Noviciat des Jésuites de la ville, bâtiment toujours visible proche  de l’église Sainte-Croix, ancienne abbatiale bénédictine. Ordonné prêtre en 1711, Lafitau demanda à être envoyé dans les missions de Nouvelle France. Il y exerça son ministère au Sault Saint Louis et a acquis la célébrité  pour ses études ethnographiques sur les peuplades iroquoises et ses découvertes botaniques. On peut se recueillir sur sa tombe dans l’église Saint-Paul. Le touriste  amateur d’histoire passera aussi par la rue Bigot qui évoque le souvenir de la famille de François Bigot dernier Intendant de la Nouvelle-France qui commença brillamment sa carrière à Louisbourg en 1739 et la termina assez piteusement en Suisse après avoir été condamné par la justice royale en raison des amalgames qu’il avait fait entre les affaires de l’Etat et les siennes !

La fontaine du Parlement de Québec est bordelaise

La très belle Place du Palais et la rue de la Rousselle sont l’occasion de se souvenir de la famille Lamaletie dont un des fils Jean-André arriva à Québec en 1740 pour s’y vouer au commerce. Il y épousa Marie-Thérèse Foucault dont le père François Foucault, originaire de Bayonne, fut nommé garde des sceaux au Conseil Supérieur en 1752. Les Bordelais faisant commerce au Nouveau Monde ont été nombreux. Les visiteurs découvriront sur leur parcours le mascaron de pierre ornant l’ancien Hôtel de Nice , qui représente une superbe tête de « sauvage » évoquant les activités de commerce des fourrures des anciens propriétaires du lieu. Non loin de là, les allées de Tourny rappellent le souvenir de deux fontaines néo-classiques construites au 19ème siècle, aujourd’hui disparues. Il n’y aurait rien à en dire si ce n’est que l‘une d’elles se trouve maintenant à  Québec face au Parlement dont le style s’inspire de celui du Louvre.

Quand la fontaine met ses habits d’hiver

Mise au rebut dans les années 60 par la ville de Bordeaux, elle s’est retrouvée un beau jour chez un antiquaire où elle a été achetée par une grande enseigne commerciale québécoise, la Cie Simons qui en a fait don à la ville de Québec pour son 400ème anniversaire…

Dernière bataille  de la Nouvelle-France

Lieu de rendez-vous des touristes venus admirer le miroir d’eau, la place de la Bourse, ancienne place Royale, garde le souvenir du Machault parti de ce quai  le 10 avril 1760 pour venir prêter main forte aux Français après la chute de Québec. Dans un dernier sursaut pour soutenir sa colonie, la France envoie depuis Bordeaux une flotte de 5 navires marchands chargés de vivres, de munitions et de 600 hommes de troupes escortés par la frégate le Machault armée de 26 canons. Un mois plus tard, seuls deux navires et le Machault arrivent dans le golfe du Saint-Laurent, poursuivis par 5 vaisseaux de guerre anglais.La petite expédition se réfugie dans la baie des Chaleurs, à l’embouchure de la rivière Ristigouche où elle se résignera à se saborder.

Faïence girondine trouvée dans l’épave du Machault. Musée du Lieu historique de la Bataille de la Ristigouche

Deux cents ans plus tard, l’épave du Machault et son contenu seront sortis de la vase. On peut désormais les voir au Lieu historique national de la Bataille de la Ristigouche à Pointe à La Croix (Québec).

Le dépliant évoque aussi la destinée de marins et militaires bordelais  dont les frères Gaufreteau. Le cadet périt glorieusement à la bataille de Fort Carillon et l’aîné s’en retourna en terre girondine. Il est enterré près de la Bastide de Créon. Tout comme Jacques Debout, né en 1751 à Québec qui s’en revint se distinguer comme Vice-Amiral  dans la marine royale française. Soldats, notaires, marins , artisans, bourgeois, ils ont été nombreux à fixer les fondements de la société québécoise de la Nouvelle-france. Ce document ne pouvait omettre  que parmi eux se trouvait le lointain ancêtre d’un des monuments de la culture québécoise, le chanteur Robert Charlebois. Le dépliant intitulé Sur les traces de la Nouvelle-France est désormais disponible sous format papier pour le grand public à l’Office de Tourisme de Bordeaux et en ligne sur le site de l’AQAF (www.aqaf.eu) et celui de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.

 

Claude Ader-Martin

Mots-clés

 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Commenter