Un parfum de Nouvelle-Aquitaine

 

Fort Pontchartrain du Détroit au moment de la colonisation française de la rive sud (agrandissement possible)

C’est en 1701 que le célèbre Gascon Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac, fit construire le fort Pontchartrain sur la rive nord de la rivière Détroit (actuel Michigan). Dans les années 1740, malgré des débuts difficiles, le fort de Détroit abritait une colonie agricole permanente et prospère qui était devenue le premier foyer de peuplement francophone du pays d’en Haut (région des Grands Lacs). Mais aucun colon n’habitait encore sur la rive sud de la rivière Détroit (actuel Ontario).

Ce n’est qu’en 1749 que les autorités coloniales entreprirent de renforcer la colonie de Détroit en offrant à quelques familles de la vallée du Saint-Laurent les premières terres en concession de la rive sud. Ces terres prirent le nom de « petite côte », en bordure de rivière, au sud de l’actuelle ville de Windsor (Ontario). Il est vrai qu’à cette époque, une communauté distincte de Métis occupait déjà la région de Michilimackinac, au nord de l’actuel Michigan. Mais le reste du territoire de l’Ontario restait encore à l’écart de la colonisation.

Est-ce à dire que les tout premiers colons de l’Ontario se trouvaient dans cette communauté de la « petite côte » ? Pas si simple… Ce serait méconnaître l’histoire de la mission jésuite de Détroit et de ses résidents permanents. Et il se pourrait bien qu’il flottât dans cette histoire un parfum de Nouvelle-Aquitaine…

Les péripéties de la mission jésuite de Détroit

Histoire de la mission jésuite chez les Hurons de Détroit, ville de Windsor (Ontario)

Ce n’est qu’en 1728 que le prêtre jésuite Armand de La Richardie fut chargé d’établir la mission Notre-Dame-de-l’Assomption chez les Hurons installés tout juste à l’ouest du fort de Détroit. Son zèle patient permit de convertir au christianisme une grande partie de la communauté huronne. En 1742, le père La Richardie fut contraint de déplacer sa mission très au sud du fort, sur l’Ile aux Bois Blancs (Bois Blanc Island), à l’embouchure de la rivière Détroit, sur le territoire de l’actuel Ontario. La plupart des Hurons acceptèrent de le suivre, mais la mission fut encore déplacée en 1748 après la destruction de ses bâtiments un an plus tôt par des Hurons dissidents.

La mission jésuite fut réinstallée sur la rive sud de la rivière Détroit, sur le site de l’actuelle ville de Windsor. Le père La Richardie s’employa à faire reconstruire sa mission et à ramener sur le site les fidèles hurons égarés. C’est au sud de ce village huron que les colons de la « petite côte » s’installèrent pendant l’été 1749, à l’appel du gouverneur Roland-Michel Barrin de La Galissonière.    

Revenons un instant sur ces deux personnages clés de l’histoire locale. Le père La Richardie était né en 1686 à Périgueux et, à la suite de son ordination en 1719, avait occupé le poste d’instructeur à Angoulême, avant son départ pour le Canada en 1725. Le gouverneur Barrin de La Galissonière était né en 1693 à Rochefort et avait été nommé en 1745 commissaire général d’artillerie à Rochefort, chargé de la mise en état de défense des côtes d’Aunis et de Saintonge. Ils étaient donc tous deux natifs et imprégnés du territoire de l’actuelle Nouvelle-Aquitaine. Coïncidence ? Sans aucun doute. Mais la mission jésuite n’a pas livré tous ses secrets…  

Les résidents permanents de la mission jésuite

Site de la mission jésuite dès 1748 à Windsor (Ontario), près du pont Ambassadeur le long de la rivière Détroit

En juillet 1743, un habitant du fort de Détroit, Jean-Baptiste Goyeau, avait conclu un contrat de fermier résident de la mission jésuite, pour une durée de six ans. Il habitait le fort de Détroit depuis 1712, où il exerçait les activités de voyageur et de traiteur de fourrures, et devait donc avoir un bon contact avec les Indiens. Il avait accepté d’installer sa famille en septembre 1743 dans la ferme de la mission alors située sur l’Ile aux Bois Blancs. Il faut croire qu’il donna entière satisfaction malgré l’histoire mouvementée de la mission. Une fois son engagement terminé, les autorités coloniales lui proposèrent une concession sur la rive sud.

Les tout premiers colons de l’Ontario seraient donc un traiteur de fourrures devenu fermier des Jésuites et sa famille ? C’est très probable. Mais ce n’est pas tout. Le fermier des Jésuites était fils d’émigrant français originaire des environs de Bordeaux. Encore la Nouvelle-Aquitaine ! Ce n’est pas fini. Il fut remplacé à la mission jésuite par un autre habitant du fort de Détroit, Nicolas Campeau, un enfant de la région. Celui-ci était petit-fils d’Etienne Campeau, né à Brive-la-Gaillarde (Limousin), et fils de Jacques Campeau dit Limousin, l’un des compagnons de Cadillac au fort de Détroit. Toujours la Nouvelle-Aquitaine !

Il est peu probable que les affinités régionales aient pu jouer ici un rôle déterminant, mais il ne fait pas de doute qu’il flottait à la mission des Jésuites un parfum de Nouvelle-Aquitaine…

Jean-Marc Agator

Documentation de référence

Cornélius J. Jaenen, Les Franco-Ontariens, chap. 2 : l’ancien régime au pays d’en haut, 1611-1821, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1993, pp. 26-31.
Guillaume Teasdale, Des destinées distinctes : les Français de la région de la rivière Détroit et leurs voisins amérindiens, 1763-1815, Recherches amérindiennes au Québec, vol. 39, n°1-2, 2009, pp. 23-45.
Dictionnaire biographique du Canada (Armand de La Richardie, Roland-Michel Barrin de La Galissonière), 2003-2017, Université Laval/University of Toronto.
Madeleine Dumouchel, Les pionniers français du sud-ouest de l’Ontario, Toronto, Conseil des affaires franco-ontariennes, 1979.
WikiTree, site généalogique (Jean-Baptiste Goyeau, Nicolas Campeau).

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