21 juillet 1885  : le Tribunal de Regina prononce la condamnation de Louis Riel , père fondateur de la province du Manitoba à la pendaison « pour haute trahison ».

Tombe de Louis Riel à Saint-Boniface (Winnipeg)

C’est la fin du mouvement  de résistance métisse débuté en 1868 sur les bords de la rivière Rouge qui portera une ombre aux débuts de la Confédération canadienne.

L’annexion du Nord-ouest

Avant la signature de l’acte fondateur de la Confédération en 1867, la Grande Bretagne et le gouvernement de la colonie entreprirent le processus d’annexion de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest. En effet, depuis l’absorption de la Compagnie du Nord-Ouest par la Compagnie de la Baie d’Hudson, cette dernière gérait un immense territoire allant des Grands Lacs jusqu’aux Rocheuses. La survivance anachronique  des compagnies de commerce britanniques dont la vente des pelleteries était la principale richesse, n’était plus acceptable dans une Confédération canadienne. C’est ainsi qu’en mars 1869, la Compagnie de la baie d’Hudson transmettait au tout nouveau Dominion, l’ensemble de ses propriétés territoriales.

Les terres des Métis

Le Canada déclara cette prise de possession des terres sans que la population concernée ne soit consultée. La plupart était des Inuits, des Amérindiens et des Métis. Ces derniers, appelés aussi « Sang-mêlés », moitié blancs, moitié amérindiens étaient particulièrement revendicatifs. Ils constituaient trois groupes linguistiques distincts : les Métis de langue française (majoritaires), très attachés à leurs traditions et à leur manière de vivre, pratiquant un catholicisme simple et sincère, les Métis anglophones d’origine écossaise et les Métis assimilés aux Amérindiens et parlant leur langue. Ce furent les Métis de la Rivière Rouge (région de Winnipeg) qui se sentirent les plus spoliés par l’achat des Territoires du Nord-Ouest.

la Rivière Rouge à Fort Garry

Leur population était d’environ 12.000 personnes dont 6000 Métis francophones, 4000 Métis anglophones, 1500 Canadiens (marchands de fourrure et spéculateurs fonciers) et 500  Amérindiens. Les intentions du gouvernement fédéral devinrent vite  suspectes à leurs yeux. Des arpenteurs se mirent à effectuer des relevés topographiques sur ce que les Métis considéraient leur propriété personnelle. A la crainte succéda la colère lorsqu’ils se virent menacés d’expropriation, les autorités fédérales se  réservant les meilleures terres et ne tentant aucune conciliation.

La révolte de 1869

C’est à ce moment qu’arriva sur le devant de la scène, Louis Riel, dont la grand-mère maternelle était une Métisse. Agé de 25 ans, il revenait de Montréal où il avait étudié plusieurs années chez les Sulpiciens et les Soeurs Grises. Son autorité naturelle, son éducation, sa connaissance du français comme de l’anglais et son éloquence l’imposèrent facilement comme Chef des Métis de la rivière Rouge. Au printemps 1869, les Métis décidérent de créer un Comité national chargé de défendre leurs intérêts. La première décision prise fut d’interdire l’entrée du Territoire du Nord-Ouest au Lieutenant-gouverneur Mc Dougall. 500 hommes en armes vinrent appuyer Riel et s’emparèrent le 2 novembre de Fort Garry amplement garni de vivres et de munitions. Riel  devenu officiellement le chef du Comité national accusa ouvertement la Compagnie d’Hudson d’avoir vendu le territoire à un gouvernement étranger. Un gouvernement provisoire fut mis sur pied, présidé par Riel. A Ottawa, on oscilla entre stupeur et indignation.

Riel et le gouvernement provisoire

Le premier ministre McDonald chercha alors une solution pacifique à la crise et un commissaire spécial, Donald Smith, fut nommé avec le mandat d’enquêter et de calmer les esprits.

Naissance du Manitoba

En février1870, le gouvernement provisoire essuie une tentative de renversement par des Ontariens orangistes. Parmi les rebelles,  Thomas Scott, un fanatique d’origine irlandaise  venu de l’Ontario dont la violence est telle qu’il est traduit en cour martiale. Après un procès sommaire, il finit par être exécuté le 4 mars. Cet acte soulève une immense colère en Ontario et met le feu aux poudres. Si les francophones voient en Riel le défenseur de la religion catholique et de la langue française dans l’Ouest, les anglophones ontariens voient en Scott un martyr qu’il faut venger. Pendant ce temps, d’intenses négociations se déroulent à Ottawa, les délégués du gouvernement provisoire obtiennent gain de cause et le 12 mai le Parlement vote la loi qui annexe la Rivière Rouge à la Confédération sous le nom de Province du Manitoba en tenant compte de la plupart des revendications des Métis. Le gouvernement a accepté de ne pas les priver de leurs terres, de leur réserver des territoires de chasse, de reconnaitre leur droit à pratiquer la religion catholique et d’user de la langue française.

Musée des Droits de la personne à La Fourche (Winnipeg-Manitoba)

A cette époque, le Manitoba n’est qu’un petit territoire de 36.000km2 soit 1/8 de sa taille actuelle qui ne jouit pas des mêmes droits que les autres provinces, le gouvernement lui ayant refusé le contrôle de ses ressources naturelles et de la colonisation de son territoire durant 60 ans.

La riposte 

Selon une promesse verbale faite aux délégués du gouvernement provisoire, les habitants de la Rivière Rouge ayant participé au mouvement de revendication devaient être amnistiés. Cependant, sous couvert d’une mission de paix , le gouvernement McDonald envoie une colonne militaire composée de troupes britanniques et de miliciens canadiens pour reprendre Fort Garry. La raison en était la nécessité de récupérer son autorité, mais aussi d’apaiser l’Ontario bouillant de colère après la mort de Scott tout en intimidant le puissant voisin du Sud qui aurait volontiers « absorbé » les nouveaux territoires.  En mars 1872, sa tête ayant été mise à prix par le Premier Ministre de l’Ontario, Riel ne se sentant plus en sécurité décide de franchir la frontière américaine. Il restera aux USA jusqu’en 1884. Elu à trois reprises à la Chambre des communes du Canada, il ne pourra jamais occuper son poste. De leur côté, les Métis  auxquels des titres de propriété ont été promis, déchantent rapidement, le système des certificats de propriété les dépossédant très rapidement de leurs terres au profit de spéculateurs peu scrupuleux. L’amnistie promise se fit attendre plus de 5 ans et l’arrivée d’immigrants venus de l’Ontario leur prouva qu’ils deviendraient très rapidement une minorité. Certains choisissent de quitter leur terre natale pour se réfugier plus à l’ouest dans la province  voisine de la Saskatchewan où ils espèrent  retrouver un mode de vie traditionnel. Gabriel Dumont y préside la Nation Métisse.

Gabriel Dumont. Photographie du Musée de la Bataille de Batoche

Pendant quelques années ils s’adonnent à la chasse aux bisons mais rapidement le gibier se raréfie, massacré sans discernement par des chasseurs américains.  Confrontés aux mêmes problèmes qu’à la Rivière Rouge, ils envoient de nombreuses pétitions à Ottawa où le premier Ministre McDonald a repris le pouvoir et  cherche du financement pour la construction du chemin de fer transcontinental Canadian Pacific. L’apparition d’arpenteurs, d’ouvriers et d’ingénieurs ne rassure pas la population métisse et autochtone.

Seconde rebellion

Appelé par Gabriel Dumont pour qu’il écrive une Déclaration des droits des habitants de la Nation Métisse, Riel revient au Canada en 1884 et s’installe avec sa famille dans la Saskatchewan mais ses diverses interventions auprès du gouvernement restent sans suite. Le 15 février 1885 Riel devient chef officiel des Métis. L’affrontement avec les forces canadiennes promptement acheminées par le nouveau chemin de fer est inévitable et la disproportion des forces est écrasante. Après avoir tenu en échec 500 militaires à l’Anse aux poissons, Dumont et Riel livrent une guerre de tranchées à Batoche mais s’inclinent face au nombre.

Bataille de Batoche.Tableau de Seargant Grundy

Dumont se réfugie aux Etats-Unis . Riel se livre le 15 mai à la Police Montée. Son procès aura lieu à Regina alors capitale des Territoires du Nord-Ouest devant un tribunal composé uniquement d’anglophones protestants. Pendu le 16 novembre 1885, sa dépouille est transportée au cimetière de Saint-Boniface, quartier francophone de Winnipeg, où elle fait toujours l’objet d’une dévotion particulière  malgré la personnalité controversée de Riel qui avait montré à plusieurs reprises des signes d’intense exaltation et de dérangement mental.

 

La défaite de Batoche réduira au silence pour longtemps le combat des Métis pour leur reconnaissance en tant que société. Le principe de soumission à la manière de vivre dominante rendit impossible un rôle dans lequel les Métis auraient pu exceller. Celui de médiateurs entre Amérindiens et Blancs. Le gouverneur général Dufferin fut une des rares personnes à apprécier cette possibilité, qui attribuait la rareté relative des guerres frontalières à l’influence des Métis sans lesquels » il aurait été impossible » écrivait-il  » d’établir des rapports en règle générale pacifiques ».

Jean-Pierre Ader

Sources :

Les Premières nations du Canada : Olive Patricia Dickason ( les éditions du Septentrion)       Histoire  du Canada : Robert Lacour-Gayet (Fayard).                                                                                         Colloque International  : Le Canada, Passages multiples ( 17-18 octobre 2013) Université Michel de Montaigne. Bordeaux

 

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