La Louisiane avec ses mangroves, ses prairies humides, ses forêts inondées, ses rivières , ne ressemble en rien à la forêt équatoriale du Gabon ou à la jungle Amazonienne qui renferment toutes les deux une faune extraordinaire .

Et pourtant… Pour les jeunes French Teachers que nous fûmes, fraîchement débarqués de leur Sud Ouest natal dans les années 70/80, le pays des Bayous allait prendre des airs de monde tropical, étrange, peuplé d’animaux aussi exotiques qu’inattendus…

Alligator au lac St Martin-AM

Bien sûr quand on pense à la faune Louisianaise, on pense à l’alligator ( le cocodril comme disent les cajuns), au pélican ( l’emblème de l’état), à l’aigrette, au racoon, au catfish( le poisson chat), à l’écrevisse . Mais la réalité louisianaise peut réserver d’autres surprises !

A travers quelques anecdotes vécues, nous allons vous relater des rencontres singulières qui ont pimenté nos vies d’expatriés.

Rencontre du troisième type : le ragondin.

Le ragondin n’est pas originaire de la Louisiane. Il a été apporté dans les bayous vers 1927 pour être croisé avec le rat musqué, plutôt petit, afin d’obtenir une plus grande quantité de peau.  Malheureusement un ouragan a tout balayé, les cages se sont ouvertes et tous les spécimens ont pris le large dans la nature où ils vivent fort bien, trop bien car ils se sont multipliés. 

Bâton rouge, avril 1982, 23h30.

J’occupe un petit appartement duplex proche de Florida Boulevard.  Les premières fortes chaleurs se sont abattues sur la Louisiane. Ne trouvant pas le sommeil, je me dirige vers la fenêtre de ma chambre qui donne sur un  petit patio occupé par un unique arbre aux branches tentaculaires. J’ouvre celle-ci. L’air est moite, étouffant. La nuit est noire, oppressante.

Je glisse ma tête à l’extérieur, promène mon regard de gauche à droite. Et là, je sens sur mon visage un souffle chaud, haletant en même temps qu’un léger chatouillis.  Ma vue s’habitue à l’obscurité et je pousse un cri d’effroi : je suis nez à nez ( ou plutôt moustache contre moustache) avec un énorme ragondin dont les deux billes luisantes me dévisagent… 

Je ferme précipitamment la fenêtre au risque de sectionner l’un de mes doigts et cours jusqu’à la salle de bain pour plonger la tête sous la douche.   La nuit fut terrible : je me voyais embrasser cette créature venue me défier jusque dans ma chambre.  Je fus la risée des collègues le lendemain lorsque je leur racontais l’histoire : « il était en amour avec toi…c’est pour ça qu’il a escaladé ton arbre…un Roméo moustachu et velu. ».

 

Bobcat et  armadilllos.

Oberlin (Sud Ouest de la Louisiane) octobre 1976.

Cette année là, je partageais avec un ami French teacher un « trailer » (ou mobile home ) parqué dans le jardin d’un vieil homme qui élève des « worms » (  ou vers) pour la pêche.

Nous avions été « adoptés » par Mr et Mme Hébert . Lui est un ancien GI qui a participé à la libération de Paris et ramené dans ses valises une petite Française qui parle l’Américain avec l’accent parisien. Un soir, Mr Hébert débarque en trombe chez nous.  La rumeur a enflé : un gros chat sauvage rôde dans les parages . « Eh ! Boys! On va aller chasser le chat tigré dans les bois ! ».

 Le chat tigré, c’est comme ça que les cajuns appellent le « Bobcat » en anglais, sorte de lynx à la queue courte qui sévit dans le Sud des Etats Unis. Nous voilà embarqués à l’arrière de son petit pick up truck. Les fusils sont bien en place derrière le siège du conducteur. Un projecteur complète l’attirail de la traque.

Nous traversons d’abord les rizières qui entourent traditionnellement les villages du Sud ouest de la Louisiane. Les « ouaouarons » ( ou grenouilles) chantent à tue tête. Les « maringouins » ( ou moustiques) manifestent leur présence. Puis nous pénétrons dans un bois touffu et le projecteur commence à balayer les fourrés à la recherche de la Bête avec un grand B.

Des formes étranges apparaissent dans le faisceau du projecteur : des yeux qui brillent : des racoons ? Des « chaouis »?( nom cajun pour le raton laveur).

Et puis tout à coup,  de drôles de carapaces qui filent à grande vitesse dans tous les sens ; «  ça ce sont des armadillos ( ou tatoos, emblème du Texas voisin) » que nous sommes venus déranger dans leurs activités nocturnes . «  Il faut viser la tête si on veut les toucher. Y’en a beaucoup trop qui grouillent dans la région et ils font un tas de dégâts » C’est la première fois que nous voyons ces étranges créatures préhistoriques en pleine action. D’ordinaire, on les trouve écrasées en grand nombre sur les routes.   Ce soir là, dans la moiteur de la nuit, notre guide a tiré des coups de fusils mais point de chat tigré.  Le mystère demeure. Nous rentrons la tête remplie de bruits étranges et de visions fantasmagoriques et nous avons du mal à trouver le sommeil…

 

Une terre d’aventures avec cette faune aussi inhospitalière que superbe !

Franklinton-Hammond 1978

Cottonmouth

De par son climat subtropical et ses vastes étendues d’eau douce et saumâtre, la Louisiane est également le paradis des reptiles.  Les serpents sont très bien représentés et il est très courant d’en voir.

Si vous vous promenez en canoë dans les bayous ou dans les multiples méandres des nombreuses rivières, ouvrez l’œil : ils sont partout, petits serpents colorés posés sur les branches, serpents d’eau inoffensifs se faufilant entre les herbes. Si vous aimez ce genre d’animal, la Louisiane est un paradis.

Copperhead

Mais les serpents les plus craints sont les deux mocassins, le « copperhead » , plutôt terrestre ,  le mocassin d’eau ou « cottonmouth » et  le serpent corail que l’on trouve plutôt dans l’ouest. Ce sont trois serpents très venimeux, assez agressifs lorsque l’on rentre dans leur périmètre de sécurité,  ils sont relativement fréquents.  Il m’est arrivé de côtoyer de très près certains d’entre eux pour les observer dans leur habitat naturel : ils sont vraiment magnifiques. Le cottonmouth porte bien son nom car dès qu’il est menacé, il se dresse en ouvrant une gueule ivoirine et exhibant ses crochets à venin.  Mieux vaut alors se reculer…  Pour dire la crainte  qu’inspire ce serpent, je vais vous conter une  histoire de chasse dans le bayou Lafourche de mon ami Smithy le cajun.

Ce dimanche là, Smithy part à la chasse au cerf des marais avec ses deux meilleurs copains. Le bateau à fond plat trace son chemin dans le dédale des chenaux et très vite, le passage devient de plus en plus étroit.  Tout à coup, le bateau heurte une branche qui surplombait l’eau et un énorme mocassin  tombe dans le bateau . Réaction immédiate du voisin de Smithy : il prend son fusil et tire sur le mocassin, tuant le serpent, certes, mais ouvrant aussi une brèche dans le fond du bateau. Voilà comment une partie de chasse peut tomber à l’eau…

 Les tortues omniprésentes, sont essentiellement des tortues aquatiques que l’on peut voir prenant le soleil sur les souches de n’importe quel marigot.

Mississippi Map- GM

Certaines comme la « Mississippi Map », victime de leur beauté se retrouvent dans les aquariums du monde entier et par la suite, devenant trop volumineuses, dans les cours d’eau, les lacs voire les étangs. Et c’est ainsi qu’elle est devenue une espèce invasive en Europe…

D’autres sont carrément plus étranges : la tortue alligator avec ses pointes sur le dos, son bec corné, son corps souvent verdâtre car couvert d’algues, ressemble à un monstre préhistorique tout droit sorti de Jurassic park. En plus, elle a un caractère de cochon et vous couperait volontiers un doigt si vous n’y preniez garde. Elle peut peser jusqu’à deux ou trois cent kilos, et sa capture (car les Cajuns la pêchent) est quelque peu sportive.

Mais la Louisiane ne serait pas la Louisiane sans ses écrevisses et sans ses chevrettes.

Cheminée d’écrevisses-AM

La première fréquente les marais d’eau douce et les rivières. Elle fait des trous dans le sol et laisse une petite cheminée de terre très caractéristique. Parfois elle menace même les fondations des maisons.

Elle est omniprésente dans toute la Louisiane et très recherchée pour ses qualités gustatives. Les cajuns ont mille et une façons de l’accommoder. Elle a été pendant longtemps la nourriture du pauvre et les Frenchs teachers faisaient souvent de gigantesques « crawfish parties ». Il semblerait qu’elles soient plus rares maintenant et leur prix a quelque peu augmenté.

 La chevrette (grosse crevette blanche) vit dans les eaux saumâtres et  salées du sud de la Louisiane, dans les bayous proches du golfe du Mexique.

Elle est aussi cuisinée par les cajuns dans de magnifiques gumbos ou frite ou mijotée dans des soupes toutes plus délicieuses les unes que les autres.

Elle se pêche avec des navires équipés de filets à maille fine.Pendant longtemps, cette pêche a été l’apanage des cajuns du Sud, mais depuis quelques années, des réfugiés asiatiques se sont peu à peu emparés de ce secteur.

Si vous ne vous sentez pas l’âme d’un aventurier pour partir en canoë dans les bayous ou si vous vous lassez d’attendre le ragondin devant votre fenêtre, sachez qu’en pays cajun, de très nombreux centre de découverte de la nature existent. A vous de choisir celui qui vous convient le mieux, du touristique au plus spécialisé. 
Mais sachez que dans cette région là, vous n’aurez pas assez de vos deux yeux pour tout découvrir.

 

En tandem : Daniel Marchais et Georges Marbot

 

Mémorable Crawfish Parties en Louisiane

 

 

 

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