Si la France s’est dotée le 7 mai du plus jeune Président de son histoire, elle a -contre toute attente- remporté  à Paris le même soir sa première victoire contre la Finlande dans l’histoire du Championnat du Monde de hockey sur glace.

Une grande première !

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le hockey sur glace n’est pas en France un sport nouveau puisque  le premier club est né à Paris en 1894 après que le baron de Coubertin en eu encouragé la pratique… auprès de quelques uns de ses amis de la bonne société. Les conditions climatiques ne permettant pas d’en faire chez nous un sport populaire et chacun n’ayant pas à deux pas de chez lui, une patinoire en état de fonctionnement, ce sport de glace qui ne fait pas partie intégrante de notre culture reste dans notre imaginaire une pratique un peu élitiste  quand elle ne se réduit pas à un exotisme …polaire.

Origines controversées

Si les experts situent l’origine du hockey sur glace en Suède au début  du 19ème siècle, trois villes canadiennes* se disputent la paternité de ce sport hissé au rang de Sport National par le Parlement canadien en 1994 : Kingston en Ontario où se serait déroulé un match entre soldats britanniques du régiment de la Royal Canadian Rifle le jour de Noël 1855 et les deux villes néo-écossaises d’Halifax et Windsor. Dans ces trois cas, les historiens s’accordent à dire que ce sont les immigrants venus des iles britanniques qui ont amené ces pratiques dans leurs bagages. C’est faire fi des récits des  missionnaires de Nouvelle France qui décrivent par le menu les jeux de « crosse » pratiqués sur la glace par les Amérindiens  que les premiers colons français imitent en poussant des pierres sur les étangs gelés dans des joutes fraternelles. Les livres d’histoire ne rendent pas toujours à  César ce qui lui appartient…

Reconnaissance tardive

C’est à l’heure où la ville de Montréal se positionne comme capitale économique du Québec  que le 3 mars 1875 a lieu le premier match de hockey sur glace en patinoire couverte, le Victoria Skating Rink.

En 1893, à la patinoire Victoria aujourd’hui disparue.

Cette  démonstration publique  est annoncée dans le media anglophone « The Gazette ». Elle est organisée  par James George Alwyn Creighton, jeune ingénieur employé à la construction du canal Lachine venant d’Halifax ville de garnison où les militaires pratiquent ce sport d’origine anglaise.Pour garantir la sécurité des joueurs et du public, la balle de caoutchouc habituellement utilisée est remplacée par un palet en bois.Dés lors, le nombre des matches de hockey sur glace ira en s’intensifiant à Montréal et d’autres équipes se forment. Mais ce sport reste l’apanage de l’élite protestante et anglophone de la ville. Pour les francophones, la pratique du hockey est circonscrite à des patinoires locales, sans grande publicité. Nettement plus forts en nombre, les joueurs canadiens-français commencent cependant à revendiquer le droit de participer d’autant qu’en 1892, le Gouverneur du Canada Lord Stanley dote la meilleure équipe canadienne d’un trophée, remis en jeu chaque année.

Quand la politique se joue sur la glace

Pour les joueurs francophones, la solution viendra de l’équipe catholique des Irlandais de Montréal, les Shamrocks qui, en leur ouvrant ses rangs, va leur permettre de se distinguer face à des rivaux communs. Mais il leur faudra huit ans pour obtenir le droit de concourir et une dizaine d’années supplémentaires avant qu’un homme d’affaires catholique d’origine irlandaise tablant sur des querelles internes aux anglophones   créée  en 1909 son propre Club réunissant uniquement des joueurs francophones .**

Une équipe francophone menée par un certain Laviolette

L’équipe des Canadiens de Montréal qui s’affiche aux couleurs bleu, blanc et rouge accèdera à la consécration suprême, la fameuse coupe Stanley  en 1916 et deviendra dans la foulée membre de la Ligue Nationale de Hockey.Au cours des années, l’équipe intégrera des joueurs anglophones mais la population montréalaise reste profondément marquée par le caractère historique francophone de la fondation son équipe. En 1955, une sanction qui frappe le joueur vedette, le  canadien-français Maurice Richard surnommé  » la Comète »,  va se terminer en émeute, la population francophone s’en prenant  directement au président de la LNH . Le lendemain, le quotidien anglophone  Montreal Star dénonce « l’instabilité émotionnelle et l’indiscipline  » propres aux francophones, soulignant  le schisme qui divise à cette époque la ville en deux blocs  linguistiques distincts. Cette « indiscipline » n’empêchera pas l’équipe de remporter la coupe Stanley durant les cinq années consécutives qui vont suivre, à l’heure où le sentiment nationaliste québécois se réveille. Certains historiens pensent qu’il y eut là une relation de cause à effet.

*Marc Branchu : Les origines du hockey sur glace

**François Black : Evolution de l’image projetée par le Club du hockey Canadien depuis son origine jusqu’au mythe de la tradition glorieuse

 

Claude Ader-Martin

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