Victoire du Général Montcalm à Fort Carillon (1758)

Victoire du Général Montcalm à Fort Carillon (juillet 1758)

L’histoire commence au fort Carillon (aujourd’hui Ticonderoga), construit par les Français à partir de l’automne 1755 au sud du lac Champlain (actuel Etat de New York), pour mieux protéger l’entrée de ce qui s’appelait encore la Nouvelle-France. C’est à cet endroit que les Britanniques subirent une défaite humiliante, en juillet 1758, bien qu’en cette même année la guerre de sept ans (1754-1763) commençait à se retourner en leur faveur. Fin juillet 1759, les Français abandonnèrent le fort Carillon pour mieux défendre Montréal qui finit pourtant par capituler en septembre 1760.

C’est à cette époque qu’intervient notre personnage, Jean-Marie Landriève des Bordes, né à Aubusson (Creuse), dans le Limousin (actuelle Nouvelle-Aquitaine). En 1758, Landriève exerçait les fonctions de commissaire de la Marine au fort Carillon. D’abord promu écrivain principal en 1751, il était devenu un homme de confiance de l’intendant de la Nouvelle-France, François Bigot, qui lui avait confié en 1755 la charge de visiter les forts du Pays d’en Haut (région des Grands Lacs) pour examiner notamment leur comptabilité et leurs écritures. Après la capitulation de Montréal, c’est encore lui qui fut choisi comme commissaire chargé de veiller, dans la colonie, sur les hôpitaux et sur les affaires du roi de France. Il s’acquitta fort bien de cette mission délicate et gagna même l’estime des autorités britanniques.

Capitulation de Montréal, 8 septembre 1760

Capitulation de Montréal, 8 septembre 1760

Ce fut pourtant un véritable coup de tonnerre quand, en décembre 1763, le tribunal du Châtelet de Paris accusa Landriève d’avoir participé en 1758, lors de sa mission au fort Carillon, aux malversations de l’intendant Bigot et de son entourage. Landriève fut condamné par contumace à être banni de la ville de Paris pour neuf ans, à verser 500 livres tournois au roi et à restituer 100 000 livres tournois à l’Etat. Mais était-il vraiment impliqué dans cette affaire du Canada ou seulement victime des circonstances, lui qui n’était pas là pour se défendre ?

Quoiqu’il en soit, Landriève ne retourna en Europe qu’à l’automne 1764. Il se rendit à Londres où il demanda à la France un sauf-conduit de six mois que le ministre de la Marine lui accorda en janvier 1765. Il rentra alors à Paris où il employa toute son énergie à obtenir sa réhabilitation. Finalement, le tribunal du Châtelet le déchargea en novembre 1766 de toutes les accusations portées contre lui et le roi lui accorda de nouveau, en 1769, un brevet de commissaire de la Marine. Bigot quant à lui fut condamné au bannissement à vie de son pays.

Mais Landriève ne s’arrêta pas là. Réhabilité en France, il fut le seul des 55 fonctionnaires accusés à avoir tenu à se justifier pleinement aux yeux des Canadiens, par différents messages qu’il fit paraître dans la Gazette de Québec. Il fut très attaché à la colonie du Canada, cherchant à atténuer, par sa délicatesse, le poids du joug britannique. Les nombreuses lettres qu’il envoya à ses proches témoignèrent des sentiments d’honneur et de religion qui l’habitaient..

Alors oui, le Creusois Jean-Marie Landriève des Bordes est pour cela un commissaire de la Marine profondément attachant !

Jean-Marc Agator

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