Qu’y a t il de commun entre le métro de Montréal et la cité de Brouage ? Rien à priori, sauf que la visite de l’église de l’ancienne ville fortifiée de Charente-Maritime donne à voir sept vitraux dont la plupart ont été réalisés par Nicolas Sollogoub artiste franco-canadien dont les œuvres ornent aussi la station McGill.

Des racines en Russie

Les années difficiles de l’après révolution russe du début du XXème  siècle qui font fuir grand nombre de minorités ethniques ou religieuses vers l’Ouest amènent la famille Sollogoub à quitter Saint-Petersbourg pour s’installer en Picardie où naît Nicolas en 1925.Après des études artistiques, il entre à l’ORTF (Office de Radio-Télévison Française) comme peintre décorateur et  se perfectionne dans l’art du vitrail. L’année 1951 le voit arriver au Québec où il s’installe définitivement. Il se fait rapidement remarquer au sein des compagnies de théâtre montréalaises tout particulièrement au Théâtre du Nouveau Monde. Au début des années 60, il intègre Radio-Canada comme graphiste et illustrateur et y travaille aux côtés de Fréderic Back qui réalise la première œuvre d’art à figurer dans le tout nouveau métro montréalais, l’immense vitrail qui orne la station de la Place des Arts. Inspiré par son collègue, lui-même d’origine française, il entame une carrière dans l’art du vitrail, mettant au point une technique tridimensionnelle et sans plomb qui sera sa signature. Plusieurs de ses œuvres sont encore dans Montréal dont un ensemble de cinq vitraux  illustrant la vie à Montréal au 19ème siècle ornant la station McGill. Sollogoub metro 2L’œuvre qui mesure plus de 30 mètres de long a été sponsorisée par la puissante  compagnie Mc Donald Tobacco. Elle décrit les activités de la ville autour du tout nouveau canal de Lachine et rend hommage aux deux premiers maires de la ville, le francophone Jacques Viger et l’anglophone Peter McGill. Sollogoub consacrera une grande partie de son œuvre à l’évocation de l’histoire française du Canada.

 Père jésuite belge

En 1970, le père Maxime Legrelle, un jésuite belge, passionné par l’histoire de la Nouvelle-France obtient de l’Evêché de La Rochelle, le droit de s’installer comme curé à Hiers-Brouage. Le nombre de ses ouailles  particulièrement limité lui donne amplement le temps d’approfondir ses connaissances historiques au point d’écrire un ouvrage sur l’histoire de la Nouvelle-France et le travail des religieux qui contribuèrent à sa création *. Il va aussi susciter l’intérêt de mécènes canadiens qui n’hésitent pas à financer des travaux d’artistes.françois de Laval C’est ainsi que l’on retrouve aujourd’hui dans la petite église Saint-Pierre & Saint Paul sept vitraux illustrant les liens entre Brouage et la Nouvelle-France. Nicolas Sollogoub a réalisé cinq d’entre eux** : le premier,  offert par le Nouveau-Brunswick  en 1982 illustre la première colonie installée à l’embouchure de la rivière Sainte Croix (actuellement dans le Maine); le second, offert en 1983 par la ville de Québec raconte la fondation de la première capitale du Canada; le troisième, donation privée en 1995 est un rappel de l’implantation du christianisme en Amérique du nord sous l’impulsion de François de Montmorency-Laval; le quatrième, offert par la Belle Province en 2001 illustre son histoire et le cinquième, offert par la ville de Montréal  en 2007 est un rappel des origines de la ville.

Mort en 1984, le Père Legrelle ne vit que deux des sept vitraux de la petite église, mais sa mémoire demeure si forte outre-atlantique que c’est à  notre référent au Québec René Cloutier, président de la Société d’Histoire de Charlesbourg que nous devons le rappel du travail mené par  l’inlassable tricoteur d’Histoire que fut ce Belge  francophone devenu Brouageais, au même titre que Champlain lui-même.

 

 

* « Bouage Québec.Foi de pionniers » Première édition 1978

**Un sixième vitrail rendant hommage à la cité de Brouage, offert en 1987 par la France, la Région Poitou Charentes et les collectivités locales a été réalisé par le Français Jacques Viviani sur une maquette de Sollogoub.. En 1991, l’Ontario a fait don d’un vitrail réalisé par Stephen Taylor sur le thème de la découverte du territoire ontarien.

 

Claude Ader-Martin

 

 

 

 

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