C’est par un concours de circonstances  indépendant de ma volonté que je me suis retrouvée un beau matin de juillet dans la salle d’embarquement de l’aéroport Pierre Elliott Trudeau dans l’attente d’un vol vers les îles de la Madeleine. Mais ce qui était un pis aller allait vite se transformer en un véritable coup de cœur !

Entrée de plain pied dans l’aventure à bord d’un  ATR 42, un truc à hélices à bord duquel j’aurais bien vu mon héros favori, Indiana Jones, j’ai bien vite oublié le confort un peu désuet de l’appareil pour n’apprécier que l’ambiance familiale de l’habitacle. Avec 18 passagers en tout et pour tout, l’hôtesse aura presque le temps de nous appeler tous par nos prénoms avant l’arrivée. Petit arrêt -ravitaillement à Bonaventure pendant que pilote et co-pilote boivent leur café et nous voilà repartis pour trois petits quarts d’heure avant de nous poser comme une plume sur un confetti. L’aéroport de Cap aux Meules est tout aussi familial. Les voyageurs qui descendent de l’avion empruntent la même porte que ceux qui repartent, simplement parce qu’il n’y a qu’une seule porte d’embarquement.  Et la préposée au tourisme vous regarde d’un air amusé lorsque vous lui demandez une carte afin de ne pas vous perdre. Avec une seule route principale qui relie les îles du nord au sud, il faudrait vraiment le faire exprès !  De part et d’autre de la route, des dunes plantées d’ammophiles- que nous appelons oyats en Aquitaine- dominées par des falaises de grès rouge qui plongent dans une mer couleur émeraude. Il faudra que poussée par une forte envie de baignade, j’essaie d’y plonger pour que je réalise que je ne suis pas sous les tropiques mais au beau milieu du golfe du Saint-Laurent. Rafraîchissement garanti après la canicule de juillet dans le Sud Ouest.Madeleine

Tourisme environnemental

Iles de la Madeleine île BoudreauTout les Québécois vous le diront : les îles sont fantastiques. Ils ont raison. 300 km de plages de sable rose vous donnent vite l’impression d’un bout du monde délicieux quand on le compare à nos plages encombrées de l’été. Ici pas d’embouteillages, pas d’attente, pas de stress,  et pas besoin de parasol quand le thermomètre affiche 25°. Temps idéal pour le farniente, la lecture, la marche, l’observation des phoques qui jouent dans l’eau, la cueillette des fraises des champs et le ramassage des célèbres « dollars des sables« , coques d’oursins polis par le sable et la mer. Chacun  ici s’empresse de collecter ses propres déchets et de les déposer exactement où il faut, comme nous l’a expliqué Rosaline, notre charmante hôtesse, femme de pêcheur, infatigable cuisinière, pêcheuse  de coques à ses heures l’été  qui passe son hiver à la confection de « catalognes », sortes de couvre-pieds tissés ou brodés tout en  allant allègrement vers ses 😯 ans.

Le bal des fous

A marée haute commence un étrange ballet orchestré par les fous de Bassan qui plongent en piqué dans les bancs de capelans trainant dans les courants froids. Courant sur le sable, pluviers à pattes hautes s’enfuient au devant de la vague  transparente qui laisse derrière elle de subtils trésors alimentaires. L’air est extaordinairement  léger et le sable chante sous les pieds. Derrière la dune, une lagune marécageuse où le chant des roseaux  répond à celui des grenouilles. Gare aux maringouins, amateurs de chair humaine !Madeleine Havre Aubert Ce soir, quand l’air fraîchira, la chope à la main nous écouterons  de jeunes interprètes québécois mêler les mots de Duteil et de Vigneault,  à ceux de Cabrel et de Leclerc. Demain matin, cap sur l’ile d’Entrée, inaccessible sauf en bateau. Paysage irlandais, animaux en liberté et maisons clôturées. Le cimetière m’apprend que les habitants sont d’origine écossaise et que l’île a payé un lourd tribut aux guerres du XXème siècle. Le village compte en tout et pour tout deux petits restaurants d’allure  très modeste mais qui servent des sandwichs au homard à se damner. Le but de l’excursion est l’escalade de Big Hill, piton verdoyant au sommet duquel on découvre l’archipel à 380°. Le vent y  souffle si fort qu’il n’y a guère que les vaches pour tenir debout !

Lorsque la saison se terminera,  viendra le temps des préparatifs de l’hiver. Ici les pêcheurs de maquereaux , de crabe et de homard sont aussi des chasseurs de phoques, inquiets de la surpopulation de l’espèce créée par le réchauffement des eaux et l’imposition de quotas. Plus de phoques équivaut à moins de poisson et de crabe car ces mammifères sont de gros mangeurs.Il faut  bien que tout le monde vive… En février arrivera une autre sorte de touriste, celle des chasseurs d’images de bébé phoques sur la banquise. Un créneau touristique d’une quinzaine de jours qui permet d’observer les blanchons avant que leur fourrure ne s’assombrisse. L’archipel pris dans les glaces cela doit être superbe !

blanchons

 

Notre voyage de retour s’annonce à bord d’un jetstream 32  comptant six passagers. L’hôtesse a disparu et c’est le copilote qui annonce simplement que si l’on a besoin de quelque chose il suffit d’aller lui taper sur l’épaule.  Les passagers se connaissent tous, ils évoquent les nouvelles locales : le week-end prochain aura lieu le concours de châteaux de sable qui draine des visiteurs venus de tout le Canada. L’arrivée dans la ville de Québec pourtant si tranquille nous apparaitra dans deux heures comme un retour dans  un enfer moderne !

 

Claude Ader-Martin

 PS : la photo de Une et celle du blanchon proviennent du site touristique des iles de la Madeleine

 

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