Entreprendre un doctorat est une aventure en soi. Peu importe les raisons pour lesquelles on entame la thèse, tôt ou tard elle imprègnera les différentes sphères de notre vie. Comme le précise Héloïse Lhérété*, le doctorat s’apparente à un marathon dont on ignore tout au long du parcours la distance qu’il reste à franchir avant la ligne d’arrivée. Mais comment parcourir ce chemin à la fois solitaire, fastidieux et houleux sans se perdre en route ? Si vous-même ou certain(e)s de vos proches souhaitent s’y aventurer, je vous propose ces quelques lignes sur la réalisation d’un doctorat dans le cadre d’une cotutelle internationale.

Les avantages de la cotutelle

J’ai commencé mon doctorat en études urbaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) à l’automne 2011. Après 5 années sur le marché du travail dont une passée en voyage autour du monde, la thèse m’est apparue comme une évidence dans la poursuite de mon cheminement professionnel. J’aimais la recherche et je souhaitais la pratiquer de façon approfondie sur deux sujets qui me tiennent à cœur : le tourisme et le développement durable. Je me suis donc naturellement tournée vers l’UQAM pour entamer cette formation mais j’ai rapidement souhaité élargir mes horizons en élaborant un projet en cotutelle avec une université française. Ce fut l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA). UPPALes avantages de la cotutelle sont nombreux pour l’étudiant : étendre ses ressources universitaires, établir un réseau de recherche transatlantique, développer ses capacités de recherche selon deux cultures différentes et s’assurer d’une meilleure employabilité internationale. Qui plus est, le doctorant en cotutelle n’a qu’une seule thèse à rédiger et à soutenir mais bénéficie de deux diplômes universitaires à la fin de son cursus. Les règles en vigueur sont celles prévues par la convention établie qui correspondent normalement aux normes de l’établissement de rattachement. Ce genre d’entente universitaire est donc prometteur, surtout entre les pays de la sphère francophone. Entre le Québec et la France, la convention de cotutelle est facilitée en raison d’un protocole d’entente au niveau de l’assurance maladie, de l’accès au visa étudiant et de programmes de bourses propres à cette démarche. Le doctorant doit alors passer au minimum trois semestres en France, qu’ils soient consécutifs ou non. Il paie ses frais de scolarité à son université d’attache tout au long de ses études, à l’exception de l’année qu’il passe dans le pays sélectionné, où il défraie les coûts à son université d’accueil.ESG UQAM

Gérer le décalage entre les formations

La cotutelle demande à l’étudiant d’effectuer en amont multiples démarches auprès des institutions et des directeurs pressentis. Ces derniers doivent être ouverts au partage de la direction dans un contexte de collaboration internationale. De plus, un décalage existe entre les formations en France et au Québec puisque le doctorat québécois dure au minimum quatre ans alors que sa durée est de trois ans en France. Considérant qu’une année et demi de scolarité (cours et séminaires) et un examen doctoral sont obligatoires au Québec, il est prioritaire pour l’étudiant français de s’impliquer dans sa démarche avec anticipation afin de ne pas retarder son cursus. A contrario, l’étudiant québécois peut s’engager dans le processus durant sa première année de doctorat afin que les trois années suivantes soient alignées avec le calendrier français.  Pour ma part, l’expérience du doctorat en cotutelle a stimulé un projet de recherche longuement mûri entre les villes de Québec et Bordeaux. Cela m’a d’ailleurs motivée à maintenir l’objectif final : terminer la thèse !thèse Maeyse

Deux diplômes et un bébé

J’ai trouvé cela passionnant de réaliser mes travaux sur deux continents et d’avoir à m’adapter aux nuances culturelles qu’imposait la méthode de recherche. Dans ces circonstances, le doctorant doit particulièrement faire preuve d’humilité, de détermination et d’enthousiasme. Le parcours, solitaire et souvent fastidieux est cependant gratifiant lorsqu’on a la chance d’être bien entouré par sa direction et ses proches. Mon doctorat a été une belle aventure marquée par de nombreux voyages qui se double d’un autre projet personnel qui m’a amenée quelques semaines après avoir déposé, à donner naissance en ce mois d’août à une petite fille. C’est dire si depuis neuf mois, la distance qui restait à franchir pour atteindre la ligne d’arrivée a pris une forme concrète et que cela m’a donné la force de faire aboutir le projet dans les temps. Reste la soutenance, en décembre au Québec, avec pour Alyssa, la découverte de la neige en compagnie de son papa bordelais et de ses grands-parents québécois….

 * « La solitude du thésard de fond » (2011)

Maryse Boivin

Doctorante en études urbaines, ESG UQAM (Université du Québec à Montréal)                                                          cotutelle de thèse, doctorat en aménagement, UPPA (Université de Pau et pays de l’Adour)

 

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